Marine Wallon – Ce lieu-là
Du 13 juin au 20 septembre 2026
Le musée Estrine est particulièrement heureux de présenter, en coproduction avec le musée de l’Abbaye de Saint-Claude, la première exposition monographique d’envergure consacrée à l’œuvre de Marine Wallon.
Diplômée de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 2009, l’artiste s’inscrit dans le renouveau de la peinture contemporaine, dont elle est l’une des figures de proue. Depuis ses premiers travaux sur toile entrepris en 2013, Marine Wallon développe une œuvre singulière qui interroge les codes traditionnels du paysage pour explorer plus largement la notion de lieu, envisagé comme espace de mémoire individuelle et collective. Inspirée de captures d’écran issues d’archives documentaires oubliées ainsi que de notes prises sur le motif, sa peinture fait émerger des espaces de dérive, de déambulation et de traversée.
La multiplication des points de vue construit des spatialités ouvertes, presque labyrinthiques, dans lesquelles le regard est invité à circuler, à s’attarder et à se projeter vers un arrière-pays mental. La figure humaine ou animale, souvent réduite à une présence discrète et anonyme, se fond dans de vastes champs colorés en perpétuel mouvement, oscillant entre abstraction et figuration. Par la simplification des formes et l’usage de pinceaux de grande dimension, l’artiste insuffle à la surface picturale une vibration particulière, renforcée par une intensité chromatique soutenue.
Certaines zones, lisses et traitées en aplats, contrastent avec d’autres plus épaisses et travaillées à l’aide d’outils variés — spalters, grattoirs, spatules, chiffons ou laine de verre — qui suggèrent la matérialité d’un sol, d’un rocher ou encore d’une vague.
Réunissant plus de soixante œuvres — peintures, dessins et gravures, parmi lesquelles la réalisation conçue pour la Chalcographie du Louvre —, l’exposition propose un parcours rétrospectif à travers quinze années de création.
Commissariat : Anne Dary, conservatrice en chef du patrimoine et Élisa Farran, conservatrice et directrice du musée Estrine.
Extraits du catalogue
Didier Semin, « Dialogue avec un tableau »
Chorégraphie de la matière
La grande place laissée au hasard et à la cuisine apparente le travail de Marine Wallon à ces « images accidentelles », ou ces esquisses, dont Diderot disait qu’elles nous attachent d’autant plus fort qu’elles sont moins déterminées et laissent plus de place à notre imagination1. Mais il faudrait alors parler d’esquisses achevées ou d’images accidentelles préméditées.
C’est une intervention parfois infime, un arrangement quasi imperceptible, mais soigneusement concerté, qui fait dans ses tableaux franchir à la matière brute la frontière de l’image, une simple bénédiction qui scelle les épousailles de la couleur, belle encore de n’avoir rien voulu dire l’instant d’avant, avec l’intelligence humaine. Notre émerveillement est bien, comme le fait remarquer Diderot, semblable à celui des enfants qui, le nez au vent, s’amusent à déceler dans les nuages qui passent mille ressemblances. Mais il ne faut pas voir dans cette convocation de l’enfance un attendrissement niais.
Georges–Henri Luquet, le psychologue français qui a, en quelque sorte, inventé (au sens originel du terme) le dessin d’enfant, a des mots magnifiques pour décrire l’illumination liée à la découverte de la ressemblance dans un tracé fortuit par tous les enfants, en règle générale aux alentours de leur troisième année : « […] l’enfant, écrit-il, tout en constatant l’existence chez autrui de la faculté graphique, ne conçoit pas qu’il puisse la posséder lui-même.
Le pouvoir de produire, en déplaçant un crayon sur le papier, l’image d’un objet, c’est-à-dire, d’après la conception enfantine, un objet plus ou moins réel, est, si l’on y réfléchit, quelque chose qui tient du miracle, et il est tout naturel que l’enfant commence par s’en juger incapable ; cela rentre pour lui dans le domaine des privilèges des grandes personnes. […] Mais un jour vient où l’enfant remarque une analogie d’aspect plus ou moins vague entre un de ses tracés et quelque objet réel : il considère alors le tracé comme une représentation de l’objet, à preuve qu’il énonce l’interprétation qu’il en donne : souris […], oiseau […], moulin […], » un gros chien » […] »2.
www.musee-estrine.fr
Musée Estrine, Hôtel Estrine Place Philippe Latourelle 13210 Saint-Rémy-de-Provence
Tél : 04 90 92 34 72 Ouvert tous les jours sauf le lundi.
De février à octobre : 10h-13h et 14h-18h - Juillet, août, septembre : 10 h-18 h
- Arts Plastiques
- - Publié le
- Philippe Cadu














