Picabia, Méditerranée. Picasso, Delaunay, Laurencin…
Du27 juin au 29 novembre 2026 - Vernissage vendredi 26 juin à 18h
Performance dansée dès 17h45 devant le musée !
Figure centrale des cercles artistiques internationaux, Francis Picabia (1879-1953) joue un rôle majeur dans l’histoire des avant-gardes du début du XX siècle. Entre 1913 et 1924, nourri de ses voyages entre New York et Barcelone, l’artiste élabore un langage artistique inédit.
Cette période charnière voit naître ses plus importantes oeuvres mécanomorphes, sa participation à l’aventure dadaïste, sa collaboration à la revue new-yorkaise 291 ou encore la création de 391 à Barcelone. Au coeur d’une Catalogne en pleine effervescence, terre d’accueil pour de nombreux artistes exilés, Picabia développe un vocabulaire aussi audacieux qu’irrévérencieux.
L’exposition explore de manière inédite ce moment clé du parcours de Picabia en s’intéressant au rôle joué par la Catalogne sur son oeuvre et celle de ses contemporains. Elle réunit pour la première fois près d’une centaine d’oeuvres de Picabia et de son cercle artistique new-yorkais et catalan, de Marcel Duchamp, Man Ray, Albert Gleizes, Pablo Picasso, Robert Delaunay, Kees van Dongen, Joan Miró, ou encore Serge Charchoune, et celles d’artistes femmes qui ont joué un rôle moteur dans l’histoire des avant-gardes telles que Marie Laurencin, Juliette Roche, Olga Sacharoff, Hélène Grünhoff, Sonia Delaunay ou encore Natalia Gontcharova.
Le parcours retranscrit l’atmosphère d’émulation entourant ces artistes, d’abord à New York où l’architecture et l’univers des machines les invitent à de nouvelles explorations formelles, puis à Barcelone. Fuyant la France en guerre, Picabia y retrouve une vaste communauté d’artistes et d’intellectuels et y insuffle un véritable bouillonnement, notamment à travers la revue 391. Publiée de 1917 à 1924, elle reflète les idées novatrices et pré-dadaïstes de l’artiste en adoptant un parti-pris résolument « anti-peinture ».
Cet exil est également l’occasion pour les artistes de s’imprégner de la culture ibérique. L’exposition met ainsi en lumière la manière dont la culture et la danse espagnoles sont assimilées par ces artistes, et inversement, comment celles-ci contribuent à de nouvelles productions plastiques. Les danseuses, musiciens, toreros, et femmes affublées de mantilles témoignent de la richesse qu’offre la culture et le folklore espagnols pour ces artistes en quête de motifs renouvelés.
Entre peintures, dessins, sculptures, photographies, revues, et archives montrées pour la première fois en France, l’exposition déploie un regard panoramique sur la création foisonnante qui se déroule au début du XX siècle. Avec plus d’une vingtaine d’artistes présentés, elle réunit un exceptionnel ensemble d’oeuvres des tenants de la modernité. Elle bénéficie pour cela du soutien de prestigieuses institutions parmi lesquelles le Musée de l’Orangerie, le Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, les musées Picasso de Paris et de Barcelone, le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía ou encore le Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid.
Pour cette programmation exceptionnelle, le musée a reçu le label « Exposition d’intérêt national » attribué chaque année à une quinzaine d’expositions remarquables en France.
Le parcours d’exposition
Le parcours de l’exposition s’ouvre sur la période charnière que constitue New York pour Picabia. Son premier séjour en 1913, lors duquel il participe à la célèbre exposition de l’« Armory Show », le marque profondément. Porté par une fascination pour le monde industriel et l’architecture de la ville, Picabia opère une mue radicale. Il abandonne la peinture figurative et élabore un langage mécanomorphe inédit — des œuvres dans lesquelles les formes mécaniques deviennent les métaphores du corps
Le tournant machiniste
Cette première partie de l’exposition présente des pièces majeures de l’artiste produites durant cette période comme Embarras prêté par le Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid. Elles dialoguent avec celles de ses contemporains qui ont eux aussi rejoint les États-Unis durant la Première Guerre mondiale, à l’image de Marcel Duchamp, Man Ray, Albert Gleizes ou encore Juliette Roche, avec des œuvres emblématiques comme New York de Gleizes conservée à la Fundación Mapfre de Madrid.
Ces artistes, tous influencés par l’atmosphère new-yorkaise et l’univers des machines, forment un cercle d’émulation intellectuelle et plastique autour de la galerie 291 d’Alfred Stieglitz. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir plusieurs exemplaires de la revue 291, prélude de 391, qui, dès ses premières parutions, accueille des portraits mécanomorphes de Picabia. Cette première section pose les jalons d’un moment clé où Picabia s’inscrit dans l’avant-garde
Un écosystème en exil
Après New York et fuyant la France en guerre, Picabia se rend à Barcelone, où il retrouve une vaste communauté d’artistes et d’intellectuels en exil. Cette seconde partie de l’exposition restitue l’atmosphère singulière d’une Catalogne devenue, le temps du conflit, terre d’accueil et de création. Les œuvres, documents et photographies réunis dans cette section témoignent de l’effervescence qui règne alors à Barcelone à travers Marie Laurencin, Serge Charchoune et Hélène Grünhoff, Olga Sacharoff et Otho Lloyd, ou encore Robert et Sonia Delaunay.
Des prêts d’œuvres exceptionnelles comme Le Porron de Juliette Roche (musée des Beaux-Arts de Lyon) ou Femme au marché (Portugal) de Robert Delaunay (musée d’art moderne de Fontevraud) mettent en lumière la richesse et la diversité des œuvres réalisées par les artistes en exil et dont le quotidien est animé par plusieurs événements.
Parmi eux se déroule notamment le combat de boxe entre Arthur Cravan – poète-boxeur, cousin d’Otho Lloyd – et le premier champion du monde poids lourds noir Jack Johnson. Le musée d’art moderne en présente un portrait magistral réalisé par Kees van Dongen prêté par le Palais Princier de Monaco. L’émulation qui anime alors les artistes est soutenue par une figure centrale de la scène artistique barcelonaise, le marchand Josep Dalmau.
À l’initiative de la première exposition d’art cubiste en Espagne en 1912, il consacre plusieurs expositions aux artistes exilés entre 1916 et 1917. Pour la première fois en France, le musée d’art moderne de Céret présente un important ensemble d’archives issu de la galerie Dalmau, grâce à une collaboration inédite avec la mairie de Gérone.
391 et l’aventure dadaïste
Si Dalmau joue un rôle central dans la diffusion de l’avant-garde en Catalogne, il est également un acteur clé dans la naissance de la revue 391. Créée par Picabia à Barcelone en 1917 et publiée par Dalmau, elle reflète les idées novatrices et pré-dadaïstes de l’artiste en adoptant un parti-pris résolument « anti-peinture ».
Éditée de 1917 à 1924 entre Barcelone, Zurich, New York et Paris, elle diffuse les textes et les œuvres de Picabia ainsi que de son cercle artistique. L’exposition présente les 19 numéros de 391 enrichis de maquettes et dessins originaux permettant de comprendre leur processus d’élaboration. De manière inédite, cet ensemble dialogue avec les œuvres d’artistes reproduites dans la revue comme Jean Arp, Man Ray, Marcel Duchamp ou Alice Bailly.
Certaines d’entre elles représentent de véritables manifestes comme La Sainte Vierge II de Picabia (Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris). Pour Louis Aragon, qui l’évoque dans La Peinture au défi (1930), cette œuvre compte parmi les « étapes significatives du procès de la personnalité » instruit par les dadaïstes, et constitue « une critique essentielle de la peinture de son invention à nos jours ».
391 lance l’aventure dadaïste qui se développe dans les années qui suivent et qui regroupe bientôt, autour de Picabia, des figures majeures comme Tristan Tzara. Le musée d’art moderne de Céret en présente l’extraordinaire portrait réalisé par Robert Delaunay, l’un des chef- d’œuvres du Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid.
L’influence hispanique
La dernière partie de l’exposition est consacrée à la représentation du folklore espagnol et du flamenco par les artistes. L’exil apparaît comme un temps où ces derniers, tout en s’appuyant sur leurs productions précédentes, développent une nouvelle approche plastique.
Cette section met ainsi en lumière la manière dont la culture et la danse ibérique sont assimilées et initient de nouveaux sujets, en particulier celui de femmes espagnoles affublées de mantilles, éventails, costumes et instruments de musique. L’exposition présente un florilège de peintures et dessins parmi lesquels des œuvres magistrales comme Femme à la mantille [Fatma] de Picasso conservée par le Museu Picasso de Barcelone ou les Danseuses espagnoles de Laurencin prêtées par le musée de l’Orangerie.
Cette partie de l’exposition réunit avec ces toiles emblématiques celles de Picabia, Gleizes, Roche, Man Ray ainsi que des pièces majeures de Sonia Delaunay, Natalia Gontcharova ou encore Marius de Zayas. Tous explorent les attributs de l’identité hispanique au prisme de leurs recherches. Gleizes et Roche déploient leurs danseuses et femmes dans des compositions cubistes, Sonia Delaunay s’intéresse au flamenco avec une approche orphiste, tandis que Gontcharova, par exemple, insuffle à ses « Espagnoles » des allures d’icônes russes, fruit de ses recherches « rayonnistes ».
www.musee-ceret.com
Musée d’art moderne de Céret 8, bd Maréchal-Joffre, 66403 Céret. Tél : 04 68 87 27 76
Du 1er septembre au 30 juin : ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.
Juillet – août : ouvert tous les jours de 10h à 19 h.
- Art Moderne, Arts Plastiques
- - Publié le
- Philippe Cadu














