Corneille, Chaïbia, Cérès Franco : des poèmes pour le monde
Réouverture de la Coopérative Musée Cérès Franco le 20 juin 2026
Du 20 juin 2026 au 3 janvier 2027 – Inauguration à 14h30
La Coopérative-Musée Cérès Franco présente l’exposition Corneille, Chaïbia, Cérès Franco : des poèmes pour le monde, consacrée aux liens profonds entre poésie et création plastique chez trois figures majeures de l’art de la seconde moitié du XXe siècle.
À travers un ensemble d’archives, de manuscrits, de textes, de documents inédits et d’œuvres, cette exposition met en lumière un aspect encore peu connu du parcours de Cérès Franco (1926-2021), galeriste, collectionneuse et, redécouvert récemment, poétesse, ainsi que des artistes Corneille (1922- 2010) et Chaïbia (1929-2004), qu’elle a accompagnés et défendus. Plus resserrée autour des fonds conservés par
le musée, l’exposition propose un corpus rare d’écrits et de créations, révélant la manière dont poésie et image se répondent, se prolongent et s’éclairent mutuellement.
La littérature, et plus particulièrement la poésie, traverse toute la trajectoire de Cérès Franco. Formée entre le Brésil et les États- Unis, arrivée à Paris en 1952, elle se destinait d’abord à une carrière littéraire avant de s’engager pleinement dans le champ de l’art. Ses notes personnelles, aujourd’hui révélées au public, témoignent d’une relation intime à l’écriture : elles expriment ses élans, ses doutes, sa joie de vivre, et composent en creux le portrait sensible d’une femme dont la vision de l’art fut, en elle- même, une œuvre.
Cette sensibilité trouve un écho singulier dans sa relation avec Corneille, de son vrai nom Guillaume van Beverloo, ami
fidèle et compagnon de pensée. Membre fondateur du groupe CoBrA, Corneille n’a cessé de dialoguer avec la poésie, illustrant de nombreux poètes, de Max-Pol Fouchet à André Laude, tout en développant sa propre pratique d’écriture. Artiste prolifique, il publie dans des revues et catalogues, et met en images plus d’une centaine de poèmes. Chez lui, le texte et la couleur participent d’un même élan d’invention libre.
Chaïbia, quant à elle, déploie depuis Casablanca une œuvre picturale puissante, spontanée et intensément colorée. N’ayant pas appris à lire ou écrire, elle n’en est pas moins liée à une tradition orale de la poésie, dont la force imaginative rejoint celle de sa peinture.
Réunies sous le titre Chaïbiesques par Marc de Gouvenain, ces paroles poétiques, publiées pour la première fois, révèlent un univers profondément singulier, fait de rêve, de liberté et de présence au monde. Son œuvre, comme sa poésie, échappe aux classifications tout en s’imposant comme l’une des expressions majeures de l’art marocain du XXᵉ siècle.
Vue de l’exposition- Photographies et prise de son Philippe Cadu
Visite en compagnie du directeur du musée Cérès Franco, Maximilien Fortier, qui retrace l’histoire du musée et l’exposition
La Coopérative-Musée Cérès Franco, Montolieu
Après trois années de travaux et et une ambitieuse campagne de modernisation, la Coopérative-Musée Cérès Franco rouvre ses portes le 20 juin 2026 à Montolieu, Village du Livre et des Arts au cœur de l’Aude.
Cette renaissance marque une étape majeure pour cette institution récemment labellisée Musée de France, qui abrite la collection exceptionnelle de Cérès Franco, galeriste et critique d’art brésilienne installée à Paris dès les années 1950. La collection, d’une richesse singulière, réunit près de 1750 œuvres de 323 artistes représentant 39 nationalités.
À la confluence des arts les plus originaux du XXe siècle, elle rassemble naïfs brésiliens et européens, art singulier, artistes du mouvement CoBrA et de la nouvelle figuration… Cette collection unique reflète le goût éclectique et indépendant de Cérès Franco, qui fut la première à porter des artistes dont le travail continue à interroger notre rapport au monde.
Le bâtiment rénové, ancienne coopérative viticole du village, offre à sa réouverture 1250 m² d’espaces modernisés et accessibles à tous les publics. Avec ses nouvelles salles d’exposition, ses réserves aux normes muséales, son centre de documentation et ses espaces pédagogiques, le musée se dote des outils nécessaires pour conserver, valoriser et partager ce patrimoine unique.
L’inauguration de juin 2026 marque le début d’un cycle ambitieux d’expositions temporaires et d’une programmation culturelle ouverte, fidèle à l’esprit de partage qui animait Cérès Franco.
Le musée est géré sous le statut de Groupement d’Intérêt Public (GIP) qui comprend La Région Occitanie, le Département de l’Aude, Carcassonne Agglo, la commune de Montolieu et l’Association de Valorisation de la Collection Cérès Franco (AVCCF).
Les travaux sont financés par les membres du GIP et l’Etat, avec le concours de fond européens.
Le musée Cérès Franco, du goût privé à l’intérêt public
Après vingt-cinq ans d’activité, la galerie L’Œil de Bœuf ferme ses portes en 1996. Deux ans plus tôt, Cérès Franco installe sa collection personnelle dans deux “maisons-musées” de Lagrasse (Aude) qu’elle ouvre au public.
Pour faire valoir l’intérêt exceptionnel de cette collection et soucieux d’en permettre l’accès au plus grand nombre, sa fille, Dominique Polad-Hardouin, historienne d’art et galeriste, et son gendre, Philippe Hardouin, décident de s’y consacrer.
Après avoir été hébergée pendant un temps au Musée des Beaux-Arts de Carcassonne, la collection s’installe définitivement à Montolieu en 2015. Là, dans l’ancienne coopérative viticole acquise par leur ami et mécène Henri Foch, l’Association pour la Valorisation de la Collection Cérès Franco (AVCCF) organise chaque année une exposition originale destinée à faire découvrir au public les multiples facettes de la collection.
Conscientes de la singularité de la collection et de l’intérêt d’un musée en territoire rural, les collectivités locales et la DRAC- Occitanie ont d’abord soutenu, puis accompagné le projet jusqu’à constituer, le 1er janvier 2019, le Groupement d’Intérêt Public (GIP) La Coopérative-Musée Cérès Franco, désormais propriétaire des dons de la collection Cérès Franco et du bâtiment du musée.
Le musée est ainsi composé de la région Occitanie, du département de l’Aude, de Carcassonne Agglo, de la commune de Montolieu et de l’AVCCF. Sa volonté est d’accueillir, de conserver, de valoriser et de faire découvrir au plus grand nombre les œuvres collectionnées par Cérès dans un esprit d’ouverture et de partage.
L’appellation Musée de France
L’Etat, en accordant au musée l’appellation Musée de France, vient récompenser le travail du musée depuis sa création, souligne la singularité de la collection et son apport à l’histoire de l’art de la seconde moitié du XXe
siècle, et reconnaît également la qualité d’un projet culturel et architectural exceptionnel, symbolique de l’importance de la culture en territoire rural.
Le comité artistique
Le musée est accompagné d’un conseil artistique composé de Jean-Hubert Martin, Catherine Millet, Blandine Chavanne, Antoine de Galbert, Michel Gauthier et Laurianne Gricourt qui aide et oriente la programmation scientifique et culturelle.
Cérès Franco, une personnalité singulière
Critique d’art, commissaire d’exposition indépendante, et galeriste née à Bagé (Brésil) le 17 mai 1926 et installée à Paris depuis le début des années 1950, Cérès Franco tout au long de sa vie, a défendu un art dépassant les clivages artistiques et les frontières nationales et fait aujourd’hui figure de pionnière.
« L’art sans frontières », principe qui a constitué la ligne directrice de son parcours et de sa collection, renvoie à l’idée d’une ouverture du canon artistique aux artistes du monde entier et en particulier aux artistes extra-européens: sa collection comprend ainsi un nombre important d’œuvres d’artistes originaires d’Amérique du Sud, d’Afrique du Nord, ou d’Asie du Sud-Est. Il renvoie également à
l’idée d’un art « sans passeports » au sens figuré, visant à instaurer un dialogue entre des œuvres d’art moderne et contemporain et les créations plastiques d’artistes n’ayant pas bénéficié d’une formation artistique traditionnelle, parfois décrits comme « autodidactes », « bruts », ou encore « singuliers ».
Cet éclectisme militant au service des seules qualités plastiques et de la charge émotionnelle de l’œuvre constitue en effet sa marque de fabrique : Cérès Franco a ainsi fait se rencontrer l’avant-garde brésilienne et la nouvelle figuration française, des artistes du mouvement CoBrA et des peintres autodidactes ou populaires venus du Brésil, du Maroc ou de Tunisie, des artistes souvent marginalisés et des figures influentes du monde de l’art.
Le programme de sa galerie L’Œil de Bœuf (1972-1995) est également notable pour son inclusion d’artistes réfugiés et en exil venus d’Amérique du Sud et d’Europe de l’Est, fuyant dictatures militaires, totalitarismes et zones de conflit.
Année après année, sa collection personnelle s’enrichit pour compter plus de deux mille œuvres. En 1994, Cérès Franco acquiert deux maisons à Lagrasse dans les Corbières et y installe sa collection qu’elle ouvre au public. En rejoignant la Coopérative de Montolieu en 2015, l’idée de transférer cette collection de façon pérenne en terre audoise fait son chemin. Au début de l’année 2020, Cérès Franco acte la donation de sa collection aux collectivités territoriales de l’Occitanie, c’est-à-dire la Région Occitanie,
le département de l’Aude, l’agglomération de Carcassonne et la commune de Montolieu qui ont formé, avec l’Association pour la Valorisation de la Collection Cérès Franco, un Groupement d’Intérêt Public La Coopérative-Musée Cérès Franco.
Fruit de rencontres et d’amitiés, la collection de Cérès Franco permet de retracer la vie d’une femme qui a marqué les milieux artistiques en défendant des artistes en toute indépendance ; elle est désormais conservée par une institution tournée vers l’avenir, fidèle à l’esprit d’ouverture et d’expérimentation de Cérès Franco.
Biographie Cérès Franco
- 1926 : Cérès Borba Farinha (elle utilise le nom de famille de son premier mari, « Franco », dans le cadre de ses activités artistiques) naît le 17 mai dans la petite ville brésilienne de Bagé, ville-frontière proche de l’Uruguay. Adolescente, elle découvre des reproductions de tableaux de Van Gogh, moment qu’elle décrit comme une révélation.
- 1948 : Cérès Franco quitte son Brésil natal à l’âge de 22 ans pour étudier l’histoire de l’art à New York. Elle obtient une bourse de la Fondation Rockefeller, qui lui permet d’étudier l’anglais à Washington, puis de suivre des cours en auditrice libre à l’université de Columbia et à la New School de New-York. Dès cette année, elle publie régulièrement des tribunes et des chroniques dans les grands journaux brésiliens (O Jornal, O Cruzeiro, ou encore le Correo da Maña).
- 1950 : Cérès visite les grands musées et galeries d’Europe et parfait son éducation artistique. Après avoir suivi le cours de langue et civilisation française de la Sorbonne, elle fait de Paris son principal lieu de vie.
- 1962 : Cérès organise sa première exposition de peinture à Paris où elle demande aux artistes de travailler sur un format ovale ou rond. Cette exposition s’intitule L’Œil de Bœuf. Ce nom reste attaché à diverses manifestations qu’elle organise par la suite ; elle le reprend dix ans plus tard (1972) pour en faire le nom de sa galerie.
- 1963 : Cérès Franco organise deux expositions de plus grande ampleur : « Formes et magie », sous le patronage de Jean Cocteau, exposition internationale de sculpture moderne (incluant des œuvres de Picasso, Ernst, Takis, César, Arp) au Bowling du Bois de Boulogne.
- 1964 : Cérès Franco devient membre de l’Association internationale des critiques d’art (AICA).
- 1965 et 1966 : Elle organise les expositions Opinião 65 puis Opinião 66 au Musée d’Art Moderne de Rio ; celles-ci marquent un tournant majeur dans l’histoire de l’art moderne au Brésil avec l’avènement d’une nouvelle génération d’artistes engagés figuratifs ou « pop » en rupture avec l’abstraction lyrique, dont Hélio Oiticica, Rubens Gerchman, et Antonio Dias.
- 1970-1972 : Cérès Franco participe à la Triennale d’art naïf de Bratislava, où la section brésilienne dont elle a la charge reçoit le prix ex-aequo de la meilleure sélection nationale en 1972.
- 1972 : Elle ouvre sa propre galerie, rue Quincampoix à Paris, qu’elle nomme tout naturellement L’Œil de Bœuf. Pendant vingt-cinq ans, à travers de très nombreuses expositions et ses participations à des foires internationales, elle soutient des artistes anticonformistes comme Marcel Pouget, Jean Rustin, Michel Macréau, Jacques Grinberg,… Affranchie des modes, elle va à la rencontre des peintres issus de la Nouvelle Figuration mais aussi vers des autodidactes et des naïfs.
Tout en continuant d’encourager l’émergence d’artistes d’art naïf, elle expose plusieurs peintres outsider comme : Stani Nitkowski, Jaber, Chaïbia… Elle soutient les opposants à toutes les dictatures militaires, leur organisant souvent leurs premières expositions à Paris. Elle invite à une réflexion générale sur l’art et ses contours en engageant des dialogues picturaux autour de figures classiques, comme Suzanne au bain ou des consignes originales et ludiques (« Vive les petits formats », 1991).
- 1975 : Cérès Franco est nommée Chevalier des Arts et des Lettres par Michel Guy, alors secrétaire d’État à la Culture.
- Années 1980 : Certaines des œuvres de la collection sont également acquises par le Fonds national d’art contemporain, grâce à l’enthousiasme de hauts fonctionnaires du ministère de la Culture comme Michel Troche ou Bernard Antonioz.
- 1994 : Cérès Franco acquiert deux maisons à Lagrasse dans les Corbières et y installe sa collection, qu’elle ouvre au public.
- 1996 : L’Œil de Bœuf ferme définitivement ses portes. Au total, Cérès aura organisé près de 200 expositions, événements, lectures ou rencontres dans sa galerie.
- 2015 : Après une tentative infructueuse à la mairie de Carcassonne, la collection de Cérès Franco rejoint la Coopérative de Montolieu. Une aventure portée par l’énergie débordante de sa fille Dominique Polad-Hardouin et de son époux Philippe Hardouin, d’Henri Foch, mécène qui donnera le bâtiment. Des élus, dont Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et Régis Banquet, président de Carcassonne Agglo, soutiennent le projet pour en faire un pilier de leur politique culturelle dans l’Aude..
- 2021 : Décès de Cérès Franco
www.museeceresfranco.com
La Coopérative Musée Cérès Franco ,Route d’Alzonne 11170 Montolieu Tél : 04 68 76 12 54
Du mardi au dimanche de 10h à 12h30 et de 14h30 à 18h.
- Arts Plastiques
- - Publié le
- Philippe Cadu














