Come Together
Du 6 juillet au 4 octobre 2026 - Vernissage mercredi 8 juillet à 19h
Programme associé des Rencontres d’Arles 2026
Après plus de dix ans de présence à Arles, la Fondation Manuel Rivera-Ortiz ouvre en 2026 un nouveau chapitre de son histoire. Cette année de transition marque à la fois la continuité de son engagement en faveur de la photographie documentaire et des pratiques artistiques engagées, ainsi qu’une volonté renouvelée de développer la création, la recherche et la transmission.
À l’occasion des Rencontres de la Photographie d’Arles 2026, la Fondation présente Come Together, une programmation réunissant les projets d’Eric Bouvet, Regula Tschumi, Yuan Goang-Ming, Oleñka Carrasco et La Chica, Shelby Duncan, ainsi que les propositions de FOTOHAUS et de la bibliothèque photographique de la Fondation.
À travers des approches artistiques variées, ces expositions interrogent les notions de lien, de mémoire, d’identité et de coexistence dans un monde en constante évolution.
Nous sommes quelque part au-dessus de l’Atlantique. Nous sommes tous les cinq serrés sur la rangée du milieu. Deux garçons, deux filles, et Papá. Je nous compte comme le ferait un enfant, de peur que l’un de nous disparaisse si je me trompe.
À ma droite se trouve Jerrito, le deuxième plus jeune, petit d’une manière qui donne envie de le protéger, même si ici personne n’est en mesure de protéger qui que ce soit. À côté de lui, Papá est déjà ailleurs avant même que nous quittions San Juan. Après lui, Marita, la plus jeune, repliée sur elle-même, les jambes trop courtes pour toucher le sol. Tout au bout, Rosita, la deuxième plus âgée, toujours distante, toujours seule. Et Mamá, elle n’est pas là. Elle est restée sur l’Île, vivant déjà dans un futur qui nous exclut, nous autres.
Nous sommes en août 1979, au cœur de la saison des ouragans. Le vent arrive d’abord, puis la pluie, implacable, déchirant tout ce qui se trouve sur son passage. Sur l’Île, nous mesurons le temps ainsi : en regardant quelles casitas tiennent encore debout et lesquelles ne tiennent plus. C’est une saison où les Mamás et les Papás, les Tíos et les Tías se rassemblent pour reconstruire ; une saison où la camaraderie prend tout son sens, surtout dans des barrios comme le mien, où les maisons sont assemblées avec des bouts de bois récupérés et des toits de tôle rafistolés qui ne parviennent jamais vraiment à empêcher l’eau d’entrer.
Le sucre est en train de disparaître. Le travail de Papá disparaît avec lui. Les champs qui s’étendaient autrefois à travers le sud, travaillés par des hommes comme lui, sans instruction mais indispensables, ne sont plus ce qu’ils étaient. Les obreros, leurs machettes à la main, leurs bottes enfoncées dans la boue, leurs mains durcies par le soleil jusqu’à devenir des outils elles-mêmes, restent maintenant sur le côté, le chapeau de paille baissé, à regarder quelque chose qu’ils ne peuvent arrêter. Le rythme qu’ils connaissaient ; couper, rassembler, transporter, s’est brisé. Ces gigantesques machines comelón ne se fatiguent pas comme se fatiguent des hommes comme Papá.
Partout, des usines américaines surgissent. Des bâtiments bas et carrés plaqués contre la terre là où la végétation poussait librement autrefois, leurs murs de béton retenant une autre forme de chaleur. Le temps ne se mesure plus par les pluies ou le silence avant une tempête. Désormais, il se compte en équipes, en coups de sifflet, dans le flux et le reflux des femmes et des hommes traversant des portails grillagés.
Et Mamá, elle avait commencé à travailler là-bas, dans l’une de ces usines, une fabrique de soutiens-gorge et de culottes. Elle rentrait avec l’odeur du tissu et de la colle accrochée à elle, et parfois, dans sa poche, des élastiques qu’ils jetaient. Elle me les tendait comme de la contrebande en souriant : « Pa’ tu honda » – pour ton lance-pierre. Et Papá, lui, restait à la maison pour veiller sur nous. Quant à moi, mes journées à courir pieds nus et à manger des mangues sous un arbre touchent elles aussi à leur fin. Je ne sais pas quand nous reviendrons. Je ne sais même pas si nous reviendrons un jour.
Je tiens une fourchette en plastique. L’azafata dit quelque chose en anglais à un homme qui fume une cigarette. Je n’en comprends pas un mot. Puis un plateau tombe brusquement devant moi. Une boisson orange suit, éclaboussant dans son gobelet. Je la rattrape avant qu’elle ne se renverse. Papá ouvre le petit récipient posé devant moi. Je le pousse avec ma fourchette. Ça bouge, mais pas comme de la nourriture devrait bouger. Mon ventre se serre. Je ne suis plus sûr d’avoir faim.
Manuel Rivera-Ortiz, Président & Fondateur
Extrait du chapitre 1 de, « Child of the Right Hand », un mémoire en cours d’écriture en trois parties.
Veuillez vous joindre à moi pour accueillir Alejandro León Cannock, notre nouveau Directeur, qui arrive avec sa propre conviction, sa propre manière de voir. Et avec lui, l’équipe de cette année, parmi laquelle Justine Ayzac, Léa de la Croix de Castries, et tant d’autres qui ont travaillé discrètement, sans relâche, souvent dans l’ombre, pour vous présenter cette exposition. Come Together n’est pas seulement un titre ; c’est un acte.
Commençons donc ici, ensemble.
www.mrofoundation.org
Fondation Manuel-Rivera-Ortiz, 18 rue de la Calade 13200 Arles
Tous les jours sauf le lundi de 11h à 18h00
- Festivals, Photographie
- - Publié le
- Philippe Cadu














