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Alexandra Bircken, SomaSemaSoma
Blackground : murmures des mornes

Du 12 juin 2026 au 3 janvier 2027 – Vernissage jeudi 11 juin à19h

Alexandra Bircken, SomaSemaSoma

Figure majeure de la scène artistique allemande contemporaine, Alexandra Bircken développe depuis le début des années 2000 une pratique sculpturale qui interroge les relations entre corps, technologie et structures sociales.

Elle grandit dans une ville industrielle de Rhénanie du Nord – Westphalie. Au lycée, elle noue une amitié durable et fondatrice avec Lutz Huelle qui est devenu designer et Wolfgang Tillmans photographe aujourd’hui mondialement reconnu. Avides de cultures visuelles qui déjouent les courants dominants, ils se passionnent pour la culture pop britannique et participent pleinement au courant Post-punk des années 1980, qu’il s’agisse de musique, de codes vestimentaires ou de mode de vie.

Diplômée en 1995 du prestigieux département mode de la Central Saint Martin School of Art, Alexandra Bircken fonde par la suite sa propre marque et développe une carrière indépendante dans la mode, d’abord à Londres, puis à Paris. De retour en Allemagne au début des années 2000, elle tourne peu à peu le dos à la mode, ses vêtements et accessoires s’échappant des catégories d’usage pour devenir des œuvres à part entière. Son travail conserve de cette expérience initiale un intérêt marqué pour les matériaux textiles, les procédés d’assemblage et les logiques de construction.

Dans son travail principalement sculptural, l’artiste explore, à travers des analogies entre corps et machine, les mécanismes de protection, d’identification et d’extension de l’individu. D’un côté, l’artiste berlinoise combine une multitude de gestes et de matériaux, particulièrement des textiles tissés ou tricotés, pour scruter la frontière entre le corps humain et son environnement fabriqué. De l’autre, elle dissèque avec une précision chirurgicale des objets techniques du quotidien, pour mettre en évidence le biomorphisme des machines. Certaines œuvres procèdent par évidement ou par mise à nu, laissant apparaître des ossatures internes ; d’autres se présentent comme des carapaces, des prothèses ou des armatures. Le vocabulaire formel emprunte autant à l’anatomie qu’à l’ingénierie, au design industriel qu’à l’artisanat textile. Cette double approche est à l’origine d’une œuvre ambivalente, à la fois cyborg et androgyne, qui interroge les comportements et les désirs humains, mais aussi la vulnérabilité des corps dans leur rapport avec la technique.

Les formes hybrides imaginées par l’artiste peuvent être lues comme des métaphores des corps soumis à des normes — esthétiques, productives, genrées — ou traversés par des flux d’information et de pouvoir. Sans jamais verser dans l’illustration, Bircken donne forme à des états de tension : attraction et répulsion, protection et exposition, désir et violence. Le recours notamment à des objets issus de l’industrie motocycliste convoque tout un imaginaire de vitesse, de performance et de masculinité, que l’artiste fragmente et reconfigure.

Le titre SomaSemaSoma condense les tensions qui traversent son travail. Le « soma » renvoie au corps vivant et à sa vulnérabilité ; « sema »

Alexandra Bircken évoque le signe, le sens. À travers cette oscillation, Bircken explore la manière dont les corps sont modelés, protégés, contraints ou augmentés par des dispositifs techniques et symboliques. Ses sculptures donnent à voir des anatomies fragmentées, des enveloppes ouvertes, des structures de soutien qui semblent tantôt protéger, tantôt entraver. La coupe, la suture, le tressage ou le démembrement deviennent des gestes sculpturaux centraux, révélant les tensions entre intégrité et altération.

L’exposition au Capc met en perspective des œuvres emblématiques de la dernière décennie dans un parcours conçu comme une traversée des corps — corps individuels, corps sociaux, corps machinés. Déployée dans les galeries du deuxième étage, l’exposition tire parti de l’architecture si singulière du lieu pour proposer une expérience à la fois progressive et immersive. 

La succession des salles permet de construire un parcours rythmé, fait de seuils et de respirations, où chaque ensemble d’œuvres constitue une séquence autonome tout en s’inscrivant dans une narration d’ensemble. Cette configuration accentue la dimension presque anatomique de la déambulation : le public traverse l’exposition comme on explorerait un organisme, de strate en strate, les sculptures apparaissant comme des vestiges d’organismes inconnus ou les prototypes d’entités à venir.

SomaSemaSoma offre une occasion rare d’appréhender de manière transversale une décennie de création, et de mesurer la cohérence comme la radicalité d’une œuvre qui, à travers la sculpture, interroge les conditions mêmes de notre corporéité contemporaine.

Commissaires : Paul Bernard et Sandra Patron

 

Blackground : murmures des mornes

Ces dernières années, un grand nombre de mouvements, revendications, crises et débats apparaissent comme des signes que la colonisation par la France des territoires aujourd’hui appelés « ultramarins » à partir du XVIe siècle structure le contemporain – on parle de “continuum colonial”. C’est dire aussi que le système esclavagiste qui a été implanté à partir du XVIIe siècle sur ces mêmes territoires, couplé au développement de la traite dite “négrière”, ont laissé des séquelles vives sur les terres, les corps et les esprits, au-delà de son abolition officielle en 1848. Blackground : murmures des mornes rassemble près d’une cinquantaine d’artistes qui travaillent à partir des survivances de l’esclavage colonial1.

Les pratiques des artistes réunis dans cette exposition cherchent à élargir les formes que peuvent prendre la mémoire, à mettre en lumière et occuper les « manques » de l’histoire officielle, mais aussi à créer à partir de gestes et traces de résistances. Elles partent du postulat que le monde dans lequel nous vivons ne peut se comprendre sans ce blackground, arrière-plan noir qui résiste à l’intérieur même de l’histoire de la domination. Leurs œuvres nous amènent à écouter les chants, les cris et les chuchotements qui viennent des mornes, espaces de marronnage, de refuge et de communauté, tout en refusant le spectacle de la violence.

Le projet Blackground : murmures des mornes se déploie en plusieurs temps. D’abord par un ensemble d’expositions au Capc musée d’art contemporain de Bordeaux, au Frac MÉCA, à la Bibliothèque Mériadeck ainsi qu’au Musée d’Aquitaine. Dans ces institutions, chaque exposition collective répond au contexte particulier dans laquelle elle s’inscrit : le Capc se pose la question de la plantation et du monument à partir de son inscription dans un ancien entrepôt de denrées coloniales ; au FRAC Meca, c’est la vue sur la Garonne qui engendre une réflexion sur et par l’eau ; à la Bibliothèque Mériadeck, ce sont les écrits de Maryse Condé, Angela Davis et Suzanne Roussi-Césaire qui forment un noyau de réflexion sur la langue2; et enfin, au Musée d’Aquitaine, des œuvres s’infiltrent dans le parcours permanent pour offrir des points de fuite à l’histoire officielle.

Plus tard dans l’année, à Zébra3 puis aux Archives de Bordeaux Métropole, l’artiste Simon Gabourg est invité à développer un projet en deux temps qui part d’une réflexion sur l’histoire de la culture du caoutchouc, entre la Guadeloupe, la France et le Vietnam.

1. Traduction de l’expression ‘afterlives of slavery’ de l’universitaire américaine Saidiya Hartman.
2. Ce projet est une reprise et adaptation de Correspondances. Lire Angela Davis, Audre Lorde, Toni Morrison qui s’est tenu au Crédac à Ivry-sur-Seine en 2024 et dont les commissaires étaient Claire Le Restif et Elvan Zabunyan. 

Artistes : Annabelle Agbo Godeau, Mathieu Kleyebe Abonnenc, Malala Andrialavidrazana, Tania Arancia Marie, Jordan Beal, Yassine Ben Abdallah, Minia Biabiany, Hannah Black, Shirley Bruno, Kenny Cairo, Chimurenga, Gaëlle Choisne, Julien Creuzet, Danielle Dean, Caroline Deodat, Boz Deseo Garden, Inès Di Folco Jemni, Binta Diaw, Ayoh Kré Duchâtelet, Kenny Dunkan, Lucas Erin, Alexandre Erre, Pap Souleye Fall, Simon Gabourg, Dan Guthrie, Madeleine Hunt-Ehrlich, Audrey & Maxime Jean-Baptiste, Rudy Kanhye, Belinda Kazeem-Kaminski, Iris Kensmil, Ligia Lewis, Jota Mombaça, Shaun Motsi, Moye, Nathalie Muchamad, Ina Nian, Josèfa Ntjam, Olu Ogunnaike, Shenece Oretha, Nolan Oswald Dennis, Katrina Palmer, Mathias C. Pfund, Thomias Radin, Noam Rezgui, Xavier Robles De Medina, Fanny Souade Sow, Dominique White.

www.capc-bordeaux.fr

CAPC, Entrepôt Lainé. 7 rue Ferrère, 33000 Bordeaux Tél : 05 56 00 81 50