Philippe Tillard - Matière à dire
Du 20 juin au 3 juillet 2026 - Vernissage vendredi 19 juin à partir de 18h
VIVRE AVEC LA PEINTURE ET LE DESSIN
[…] les mouvements impressionniste, expressionniste et surréaliste sont une véritable révélation. L’art nouveau, en courbes, volutes et arabesques, s’ouvre grand à la jonction des XIXe et XXe siècles. Progressivement j’explore ce qui sera fondateur dans mon apprentissage à travers les œuvres de H. Toulouse Lautrec, P. Gauguin, A. Modigliani, V. Van Gogh, E. Schiele, S. Valadon, R. Magritte, M. Chagall, G. Klimt, T. De Lempicka, et d’autres encore.
[…]
Actuellement peindre ou dessiner consiste à interroger la frontière entre la représentation abstraite et la représentation figurative, et à les bousculer. Une façon de poursuivre mon travail pour conjuguer ce qui pourrait passer comme inconciliable et qui m’interroge, mais aussi un moyen d’atteindre encore du nouveau et de l’inespéré.
Il s’agit d’introduire des déformations par exemple, celles de corps dans l’idée de transformation de formes plus classiques. Il s’agit de rajouts de matériaux issus de la réalité quotidienne, de collages de fragments de papier, ou de tissus. Mes thèmes empruntés au corps, au féminin, à la nature, à l’espace, à la lettre, à l’écrit s’approchent et s’appuient sur la narration.
La déformation de l’espace et de la réalité à partir d’un travail préparatoire rapide sans idée préalable m’invite à la surprise et engendre une expression émotionnelle et une démarche intime. […]
Des plans se heurtent, se côtoient dans une variété de paysages morphologiques, de volumes et de formes. Pas de lignes de fuite, pas de perspectives, nul académisme. Des ombres et lumières dansent avec textures, empreintes, coulures et traces diverses. La rencontre entre ciel, sol, vide, espace, abysses, profondeur du lointain tend vers l’idée de suspension et d’organique. Fragments, traces, éparpillements d’entités anthropomorphiques, même géographiques, voyagent, ondulent, planent, flottent, se déplacent.
Philippe Tillard 26 Avril 2026
Texte de Alain de Caprile
Matière à dire
Philippe Tillard a jeté son dévolu sur l’ivresse des couleurs – ou l’inverse. « Tillard est un coloriste ! », affirmait, catégoriquement, un amateur d’art lors de la première exposition de l’artiste à Borromée Simeyrols, été 2018. À y regarder de plus près, dans son univers de toiles et de papiers, avoisinent les couleurs et les formes, des plus délicates et discrètes qui frôlent l’effacement jusqu’aux plus tenues, vives d’une pleine intensité.
S’affrontent-elles ou se confondent-elles ? Qui commande à qui ? Qui se recommande de qui ? Est-ce les formes qui prennent le pas et saisissent ? Rondeurs bien souvent féminines, écoulement de lignes incertaines, découpes aigues, surprenantes alvéoles, le regard est mis au travail. Est-ce les masses de couleurs qui prédominent sans saturer l’espace, qui attirent l’œil et suscitent l’étonnement ? Entre figuratif et abstraction, l’artiste oscille, nous promène dans son univers chromatique – ici, période de 2020 à 2025.
Les toiles agissent comme le test de Rorschach. Lors des vernissages, Philippe Tillard écoute les commentaires et les interprétations, il en sourit, s’en amuse.
Il n’y a rien à expliquer, à démontrer, à dire.
Il peint, laisse aller les couleurs à leurs vibrations propres et offre un titre à chacune de ses œuvres. Devant son geste, une question émerge : peut-on se priver de parole, de discours, d’évocation ? Il y a toujours à dire même face à la plus muette des œuvres. C’est ainsi, l’humain ne peut se passer de remarques, de considérations, de récits, d’élucubrations. Le souffle peut être coupé face à un tableau mais pas l’imaginaire. Les paroles qui ne franchissent pas le seuil de la bouche tournent dans les arrières mondes intimes. Peindre est une autre façon de raconter… des couleurs et des formes plutôt que des mots. Cependant, des propos ne manquent pas d’advenir lors des rencontres avec le public, lors des échanges entre regardeurs et images regardées.
Ce qui surgit à la surface de la toile provient d’une profondeur enfouie, d’un monde souterrain nourri de plusieurs inconnus, de multiples labyrinthes, de veines occultes que l’artiste révèle à la lumière de nos regards qui y retrouvent, l’invisible d’un monde parfois coutumier.
Philippe Tillard entame son travail sans idée préconçue, se sépare de la réalité, appelle l’inexploré ; et jaillit l’ignoré, la surprise, la surprenante magie des couleurs et des formes. Dans ce face à face, dans ce corps à corps, la création imposerait-elle sa venue au monde, à l’artiste sans qu’il y soit vraiment pour quelque chose ? D’où émergent-elles, ces formes ? De la matière jetée sur la toile et qui fait étonnement d’être apparue ? Du plissement des couleurs qui fait saisissement ? De traces attrapées au vol du geste et qui font surface ?
L’image, chez chaque créateur, n’est pas un simple objet mais un acte, le lieu de métamorphoses qui donne formes en lien avec l’existence même de l’artiste. L’image offerte, il faut l’envisager comme un accès à l’imagination de l’artiste. Afin de préciser ce qui est ici entendu comme imagination, je vais emprunter, citée par Georges Didi-Huberman[1], une phrase de Baudelaire prise dans ses Notes nouvelles sur Edgar Poe (1857), note qui énonce clairement en quoi l’imagination est une puissance de la pensée :
« L’imagination n’est pas la fantaisie ; elle n’est pas non plus la sensibilité, bien qu’il soit difficile de concevoir un homme imaginatif qui ne serait pas sensible. L’imagination est une faculté quasi divine qui perçoit tout d’abord, en dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies. »
Quand des amoncellements de couleurs surgissent les formes, Philippe Tillard se voit poussé dans son désir de dessiner qui remonte loin, à sa petite enfance.
– Mon premier souvenir artistique date de mes quatre ans lorsque j’ai dessiné naïvement sur un document de mes parents.
Il explore ce que crayons et pinceaux offrent de possibilités. Après lissage, estampage, grattage, la toile s’illumine, se remplit d’une histoire imprévue, se fait dévoilement. Est-ce de ce qui n’est pas maîtrisé que surgit la petite musique intime perceptible par chacun ? Le regard demeure à l’écoute du moindre souffle, du plus petit gazouillis qui offre des ailes inespérées à son attente.
Alain de Caprile, Μασσαλια, Printemps 2026
[1] in L’image survivante – Histoire de l’art et temps des fantômes selon Aby Warburg.
www.galerieborromeo.wixsite.com
Maison Galerie Borromée, 968 avenue Xavier de Ricard 34000 Montpellier
Sur rendez-vous au 06 24 56 28 49
- Arts Plastiques
- - Publié le
- Philippe Cadu














