Félix Arnaudin & Marvin Bonheur En regard - Du côté de chez moi
Du 4 juillet au 22 août 2026 - Vernissage samedi 4 juillet à 11h
Une exposition du photographe Marvin Bonheur en regard de l’œuvre de Félix Arnaudin.
À première vue, tout les oppose. Marvin Bonheur, né en 1991, a grandi dans la banlieue parisienne et il ne l’a quitté que pour rejoindre la capitale et y exercer le métier de graphiste dans une agence événementielle, c’est un garçon devenu homme profondément urbain. Félix Arnaudin a bien rejoint la capitale landaise pour y faire son collège à la fin des années 1850, s’est bien fendu d’un voyage à Paris pour acheter une chambre photographique mais il n’aimait rien de moins que parcourir ses landes.
Marvin pratique une photographie un peu trash, granuleuse, la couleur est partout mais l’usage d’un compact 35mm et de films argentiques provoquent parfois des rendus délavés. Et il y a ses cadrages, les amoureux du nombre d’or peuvent passer leur chemin. Marvin photographie sur un fil, sur la pointe des pieds, l’instabilité est perpétuelle.
Félix utilise un trépied et une chambre photographique qui autorise l’usage de plaques de verre qui fourmillent de détails. Bien évidement l’époque oblige, il ne peut faire autrement mais ses écrits et la répétition de différentes tentatives pour obtenir la photographie qu’il imagine (dont le Musée d’Aquitaine conserve les preuves), nous laissent penser qu’il aurait peut-être travaillé de la même façon un siècle plus tard. Félix Arnaudin aime trop l’horizon pour qu’il ne soit pas parfaitement horizontal.
Ces deux photographes sont très différents et pourtant une même blessure les réunit.
En arrivant à Paris, Marvin Bonheur a réalisé que ses collègues de travail, ses nouvelles relations «intra-muros», fantasmaient son neuf trois natal, si loin derrière le périphérique. Pour le pire, rarement le meilleur, leurs représentations ne collaient en rien avec les souvenirs qu’il en gardait. Il a donc décidé de s’acheter un appareil photo pour documenter son biotope, de repartir chez lui pour rendre compte le plus honnêtement possible du milieu qui l’avait vu grandir, à quelques pas de l’appartement familial.
Pour Arnaudin, l’offense était pire encore. Non seulement son pays était considéré depuis longtemps comme une terre infertile, désertique et pestilentielle mais Napoléon III avait décidé d’y remédier en lançant à marche forcée l’implantation de forêts de pins, ce qui acterait la disparition des Landes de son enfance. À trente ans, il se lança donc dans une quête sans fin : conserver par la plume et la photographie toutes traces possibles de cet environnement qui l’enchantait.
En parcourant cette exposition, le spectateur pourra découvrir quelques unes des photographies de Marvin Bonheur tirées de sa «trilogie du Bonheur», fruit de cinq années de travail et publiée en France en 2020. Mais ce sera aussi l’occasion de découvrir des images d’Arnaudin peu présentées au grand public qui racontent son attachement intime à son environnement immédiat.
Cette exposition permettra également au visiteur de réfléchir sur un problème récurrent pour les photographes : comment représenter un monde sans être victime de ses propres représentations ? Qu’ils traversent les océans ou déploient leurs talents à quelques pas de chez eux, ces créateurs, bien que parfaitement sincères, écoutent parfois plus leur cœur que leur œil, mais est-ce un problème ?
Matthieu Sartre
Directeur artistique pour la Maison de la Photographie des Landes
www.maisondelaphotodeslandes.wordpress.com
Maison de La Photographie des Landes, 36, rue Félix Arnaudin 40210 Labouheyre Tél : 05 58 04 45 00
Ouvert les mercredi, jeudi et samedi de 14h30 à 18h00 en période d’exposition
- Photographie
- - Publié le
- Philippe Cadu













