Merveilleuses Récoltes
Du 10 septembre au 31 octobre 2026 - Vernissage jeudi 10 septembre de 18h à 21h
Pour la rentrée 2026 et en Résonance avec la Biennale d’Art Contemporain de Lyon, j’ai proposé à Pauline Lisowski le commissariat du Cabinet de curiosités #18.
Les artistes : Emmanuelle Briat, Julie Genelin, Frédérique Hervet, Cristelle Lucca, Eve Pietruschi et Ming-Chun Tu
Prenons le temps d’observer, de poser notre regard au sol et à 360 degrés, pour nous attarder face à chaque plante, admirer sa finesse, ses couleurs, ses pétales et découvrir un monde dont nous avons encore beaucoup à apprendre. Ravivons nos envies d’apprécier chaque être vivant devant lequel nous pouvons aiguiser notre sensibilité. Arrêtons-nous face aux fleurs spontanées, aux éléments parfois minuscules dont les couleurs et la lumière attirent l’attention et suscitent l’interrogation. Considérons ces fragments, ces espèces végétales, ces matières naturelles comme des témoins du passage du temps, du cycle des saisons.
J’ai en moi des souvenirs de marches en forêt, des moments passés à cueillir des fleurs, à sentir leurs odeurs, à cultiver des moments d’enchantement face à la beauté de ces petites merveilles, si délicates, ces violettes, ces muguets, ces coquelicots, ces jacinthes sauvages, qui annoncent le printemps. Celles-ci éveillent chaque fois mon attention et m’amènent à honorer ces découvertes, à méditer sur le soin que nous pouvons leur apporter en jardinant, en soignant les plantes, en découvrant leurs vertus, en passant du temps à les observer. Aujourd’hui, j’éprouve une gratitude envers toutes les personnes qui ont apporté du soin au jardin, lieu d’émerveillement, d’attention : les amis jardiniers, ma famille, les artistes sensibles au monde végétal.
Cette exposition invite à revivre ces petites attentions que l’on peut s’offrir en partageant un regard, un sourire face à une fleur, face à un paysage. Elle est aussi le lieu d’une expérience de relations tissées au long cours avec des artistes, jardinières, cueilleuses, marcheuses, amies des plantes, qui m’ont ouvert la porte de leurs univers poétiques. J’apprécie leur attachement à certains paysages, à des fleurs, à des odeurs, qu’elles m’ont fait découvrir au gré des visites d’atelier.
Glaner, cueillir des fleurs requiert un soin porté à leur fragilité. Précieuses pour celles et ceux qui les considèrent et les ramènent comme des petits trésors, ces plantes rappellent le lieu de la rencontre. Les cueillettes de plantes invitent à regarder avec attention les espèces bio-indicatrices. Ces trouvailles incitent à renouer avec un environnement proche, tout en apprenant à ralentir pour humer le parfum des fleurs, observer leurs formes, leurs textures : une attitude artistique relevant d’une présence contemplative, méditative. Une conscience de la nécessité de s’octroyer du temps pour s’imprégner d’un lieu et cultiver un désir de curiosité.
Clarisse Le Bas, herboriste et historienne de l’art écrit dans son très beau livre Le temps du végétal : « Il n’existe pas de mauvaises herbes pour le botaniste ou l’herboriste. Chaque graine qui germe a pour mission de rééquilibrer un sol et rares sont les plantes sauvages communes qui ne sont pas médicinales. » (Clarisse Le Bas, Le temps du végétal, Actes sud, p. 97). Suivons cette belle parole.
L’expérience de la marche et de l’herborisation relève de l’écoute, d’une ouverture à des rencontres et de l’envie de connaître les vertus des plantes, certaines comestibles, certaines médicinales. Le monde végétal est si riche qu’il suffirait de s’accorder du temps pour apprécier toutes ses subtilités, admirer, ressentir un bien-être, une forme d’apaisement, un désir d’être là, présente : une conscience d’être vivant parmi tous ces vivants.
C’est au cœur de sa maison dans les vignes du Beaujolais, que Cristelle Lucca crée ses œuvres, ses dessins sur papier, réalisés à l’encre de Chine, aquarelle, charbon de bois et dorure, telles des fenêtres ouvertes sur des moments d’émerveillement, de douceur, d’humilité face au vivant. Marcheuse, observatrice du cycle des saisons, lectrice, attentive au langage des plantes, au silence, à l’instant présent, à la poésie des fleurs, l’artiste nous invite à savourer avec gratitude chaque rencontre avec un végétal, à prendre soin de ces êtres fragiles, à s’arrêter pour en apprécier les lignes, les couleurs, à percevoir leur capacité à pousser, à s’adapter face au bouleversement climatique.
Commissariat et textes : Pauline Lisowski
www.lagalerievalerieeymeric.fr
Galerie Valérie Eymeric, 33 rue Auguste Comte - 69002 Lyon Tél : 06 95 72 48 74
- Arts Plastiques, Photographie
- - Publié le
- Philippe Cadu
