Hiroshi Sugimoto - Reprendre la mélodie
Du 11 avril au 13 septembre 2026
Le musée Soulages exposera l’un des photographes majeurs de notre époque, Hiroshi Sugimoto.
L’oeuvre de Sugimoto met au coeur la notion de temps, très présente aussi chez Pierre Soulages, qui déclarait, en 1963, au philosophe Jean Grenier : « Le temps me paraît être une des préoccupations dont ma peinture témoigne ; c’est le temps qui me paraît être au centre de ma démarche de peintre, le temps et ses rapports avec l’espace ». Les photographies de Sugimoto partagent par ailleurs avec l’art de Soulages une préoccupation commune pour la lumière et les ombres, un intérêt formel et récurrent pour la ligne d’horizon, l’espace et le déploiement de l’oeuvre, ainsi qu’un lien fort à l’architecture.
Nourrie d’histoire de l’art, d’une pensée de l’image, tout autant que d’une technique sophistiquée et d’un soin constant apporté aux supports, la photographie de l’artiste japonais Hiroshi Sugimoto interroge les limites et les conditions de la représentation, aux confins d’un imaginaire pictural. Les particularités de cette approche photographique trouvent des points de rencontre aussi bien avec la peinture lettrée japonaise traditionnelle qu’avec les tendances picturales abstraites de la seconde moitié du XXe siècle.
Hiroshi Sugimoto est né en 1948 à Tokyo. Diplômé en 1970 de la Saint Paul’s University de Tokyo puis en 1974 du Center College of Design de Los Angeles, il quitte cette année-même la Californie pour s’installer à New York. Il vit et travaille, depuis lors, entre les Etats-Unis et le Japon, où il a établi, en 2009, la Odawara Art Foundation, dédiée à la culture et aux arts japonais.
L’une des premières séries de l’artiste, parmi les plus emblématiques, est celle des Theaters, débutée en 1976, et poursuivie dans les années 2010 sous la forme des Opera Houses, photographiés en Italie. Pendant quarante ans, Sugimoto développe des vues de salles de cinéma prises de par le monde, selon un protocole systématique : il ouvre le diaphragme de son appareil photographique de grand format au lancement du film, et le referme à sa fin, captant l’intégralité de la séance. Il en résulte un écran vide mais d’une intense brillance, que l’artiste résume comme « l’excès de lumière illuminant l’obscurité de l’ignorance ».
L’écran blanc semble accumuler en excès des images rémanentes, et entre en contraste avec l’architecture chargée d’histoire des lieux qui les abritent. James Attlee compare la lumière créée dans les Théâtres de Sugimoto, à la fois pleine et vide, remplie d’images fantômes, à l’état de Satori qui désigne, dans la pensée bouddhiste, l’état d’éveil spirituel.
« Je me rendis compte que j’avais sous les yeux, extériorisée sur le négatif, mon exacte vision intérieure. Cette image n’existait pas dans la réalité, je ne l’avais pas vue non plus de mes yeux. Qui, alors, l’avait vue ? Je crois que c’était l’appareil photo lui-même. » Hiroshi Sugimoto
Ce rapport à l’image et à la mémoire trouve une autre façon de se matérialiser dans la réappropriation d’œuvres ancestrales, tels que les Paravents de la forêt de pins figurant une pinède dans la brume, d’Hasegawa Tohaku, véritables emblèmes de la peinture lettrée japonaise réalisés à l’encre de Chine vers 1590.
À partir de ce diptyque, Sugimoto réalise en 2001 Pine Trees, composé de douze photographies assemblées selon deux grands panneaux horizontaux qui immergent le spectateur dans une forêt silencieuse. Comme le souligne Sugimoto, cette traduction d’une œuvre existante par un autre artiste est une tradition japonaise, nommée honka-dori (« reprendre la mélodie »).
« Ce n’est qu’au dernier point de fuite de la perspective au Japon, le palais impérial, dont la nature soignée est le summum de la beauté artificielle, que j’ai trouvé l’image de pin que j’attendais. Après avoir étudié chacun des pins se courbant coquettement dans tous les sens, j’ai composé de manière synthétique cette paire imaginaire de paravents à six panneaux. Voici donc une peinture en photographies, bien que le site photographié échappe à tout emplacement réel. C’est partout et nulle part, une fiction d’idéalisation picturale, tout comme l’était l’original. » Hiroshi Sugimoto
L’imaginaire pictural est partout à l’oeuvre dans les photographies de Sugimoto. Une autre série majeure de sa carrière, les Seascape, dont une sélection sera présentée, avaient été exposée en 2012 à la Pace Gallery, en dialogue avec des toiles tardives de Mark Rothko. Ces marines, prises en différents lieux du globe, frôlent par moment l’abstraction grâce à un temps d’exposition très long, quand le paysage n’est plus qu’une simple ligne d’horizon évanescente, partage géométrique entre la mer et le ciel.
« Depuis plusieurs décennies, je crée des paysages marins. Je ne décris pas le monde en photos. J’aime plutôt à penser que je projette mes paysages intérieurs sur la toile du monde : ciels se transformant en rectangles lumineux, eau en train de se fondre en rectangles sombres fluides. Et puis, en regardant les tableaux de Mark Rothko, j’ai vu comme la marque d’un horizon sombre, coupant. C’est alors que j’ai réalisé que les tableaux sont plus véridiques que les photographies et les photographies plus illusoires que les tableaux. » Hiroshi Sugimoto
En 2018, avec la série des Optiks, véritable plongée dans la couleur et ses origines lumineuses, la référence picturale devient totale. Sugimoto a bien décrit sa manière de procéder, qui continue de s’inscrire dans l’observation du paysage : D’une grande intensité colorée, ces œuvres, composées de l’infinité de nuances qui forment les particules lumineuses, évoquent des couchers de soleil aux effets atmosphériques puissants.
L’exposition donnera également à voir une série récente dans l’œuvre du photographe japonais, et qui trouve un bel écho dans la peinture des années 1970 de Soulages, tous deux unis par un fort intérêt pour l’art calligraphique. L’ensemble des Brush Impression est réalisé à partir de papiers photographiques détériorés que l’artiste utilise dans la chambre noire, trempant son pinceau dans le révélateur, et dessinant à tâtons, dans l’obscurité, des idéogrammes. Après une brève exposition du papier à la lumière, les zones touchées par le pinceau dévoilent des caractères japonais qui apparaissent en noir sur la surface.
D’une grande diversité, l’exposition prendra la forme d’une promenade dans la salle d’exposition temporaire, dont la scénographie a été conçue par l’artiste lui-même. Elle constitue un évènement en France, où l’artiste a déjà été exposé à plusieurs reprises mais selon des formats très différents. La dernière exposition qui lui a été consacrée s’est tenue en 2024 à l’Institut Giacometti à Paris, et proposait un dialogue avec l’œuvre du sculpteur autour d’une unique série, Past Presence. Hiroshi Sugimoto est représenté par la Lisson Gallery.
L’exposition présentera ainsi un ensemble de huit séries entrant en résonance avec les peintures de Soulages, et couvrant l’ensemble de la carrière du photographe japonais, des années 1970 jusqu’à aujourd’hui.
Cette exposition est le fruit d’une collaboration étroite avec l’artiste et son atelier new-yorkais.
Parcours
« Est-il possible à un homme d’aujourd’hui de voir le même paysage que les premiers hommes ? » Hiroshi Sugimoto
C’est en ces termes qu’Hiroshi Sugimoto, né en 1948 à Tokyo, interroge le monde qu’il perçoit. Il trouve une réponse dans l’art photographique, « machine mentale à remonter le temps », auquel il se consacre dès les années 1970.
Diplômé en 1970 de la Saint Paul’s University de Tokyo puis en 1974 du Center College of Design de Los Angeles, il quitte cette année-même la Californie pour s’installer à New York. Il vit et travaille, depuis lors, entre les États-Unis et le Japon, où il a établi, en 2009, la Odawara Art Foundation, dédiée à la culture et aux arts japonais. À l’instar de Pierre Soulages, Sugimoto reçoit le Praemium Imperiale, en 2009.
Son œuvre a été exposée dans les musées les plus prestigieux de par le monde : Hayward Gallery de Londres en 2023 ; Château de Versailles, Tel Aviv Museum of Art, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique en 2018 ; The Phillips Collection à Washington en 2015 ; au Getty Center de Los Angeles en 2014 ; Fine Arts Museum of San Francisco ou National Museum of Art d’Osaka en 2007.
www.musee-soulages-rodez.fr
Musée Soulages, Jardin du Foirail - Avenue Victor Hugo 12000 Rodez
Septembre à juin: du Mardi au vendredi : 10h-13h et 14h-18h. samedi et dimanche: 10h-18h
- Photographie
- - Publié le
- Philippe Cadu














