Krochka - Formes jointes
Du 7 Mars au 4 Avril 2026 - Vernissage samedi 7 mars à partir de 11h
Derrière les briques rouges de leurs hôtels particuliers, les marchands les plus riches de Toulouse ont vécu, un siècle durant, de la production d’une couleur. Le bleu, qu’il soit sur la toile du peintre ou dans la teinture d’un vêtement, offre une palette de nuances qui sait interroger l’œil, lequel n’en saisit une analogie qu’en regardant le ciel, plus rarement la mer.
Si les verts, si les bruns, l’ont inspirée, Krochka aime particulièrement les couleurs bleues. Elle viendra pour la quatrième fois en donner des preuves sur les cimaises de la galerie d’Ombres blanches. Dans les collines pierreuses qui descendent des Cévennes, près de Montpellier, là où le sol accroche les branches du raisin, Krochka fait ses bleus, les étale au plus près de la toile, en en respectant le fil.
Il fallait pouvoir ramener à Toulouse, dans un autre matériau de ville, dans une autre lumière, ses peintures les plus récentes et ses dessins, la délicatesse de la touche et les hésitations du trait. Pierre Manuel, l’ami commun, qui soutient son travail depuis toujours, l’accompagnera pour cette nouvelle exposition.
Nous avons choisi ensemble les œuvres qui viendront orner les murs de notre galerie, à l’abri de ses briques rouges, rue Mirepoix, tout au long de ce mois de mars, qui fait le passage de l’hiver au printemps.
Christian Thorel
Entrer dans un tableau de Krochka
Regarder un tableau de Krochka c’est laisser le regard errer, doucement ; aller à la poursuite, traquer serait incongru.
Ne rien forcer ne rien diriger, laisser regard et esprit – devant une toile de Krochka on ne pense pas, on ne fait rien si ce n’est silence, on se laisse happer happer par le silence et l’obscurité.
Nulle violence dans ce rapt : on ne voit rien d’abord, on reste sur le bord, dans le noir. Confusément aller sans rien distinguer rien ; le silence déblaie, la nuit s’élargit, on l’épouse : entrer dans le silence de Krochka, c’est s’abandonner à la nuit, se sentir dedans entouré, forêt de petits points épaisseur fouillis, laisser, douceur – ses nuits sont une mosaïque de diamants velours qui réchauffent l’oeil et qu’effleure le doigt, un rayonnement obscur un peu sourd.
Qui ne scintille pas, ne miroite pas, n’aveugle pas. Mais concentre la lumière, rassemble le regard pour mieux jusqu’à ce que l’instant s’abandonne et le temps devient accueil.
Ses obscurités sont des espaces très grands où tout prend place, respire lumière, infuse et diffuse, on sent derrière quelque chose sourdre vibrer mais sans éclat, ou par éclats minuscules petits grains de matière qui se dissolvent et fondent au fur et à mesure que l’œil peu à peu petit à petit quelque chose dedans remue, intense, vibre, le silence, lumière du silence et silence et de la lumière, dedans tout fourmille mais immobilement, se répand diffus presque sans bouger car dans un tableau de Krochka rien ne se passe sinon ces tremblements un peu feutrés la rive s’éloigne, on laisse la rive puis l’espace s’ouvre.
On distingue des formes, quelques-unes, peu. On ne va pas les chercher, feux sombres au cœur de la nuit formes et lumière, et silence ne rien brusquer laisser, l’œil autour – les vibrations ? nettoient le regard peu à peu petit à petit lentement des formes montent affleurent elles ne bougent pas, ou peu, mais ensemble, entre elles s’établissent une entente, un dialogue ? mais silencieux, et le silence donnant forme, et restant suspendu dans la lumière, cette lumière qui est un peu de nuit fondue prend forme et elles se détachent un peu, sortent de l’intérieur du fond tout en demeurant comme un peu soudées, et les couleurs avec : pas beaucoup, brun tourbe vert mousse gris cheminée grenat bleu, bleu gris ténèbres…
En elles le silence irradie, frémit chaque grain rassemblé, et elles montent – ou est-ce nous qui descendons pénétrons doucement – à la rencontre ? l’espace dedans se dilate s’étend au-delà du dedans, ou est-ce le dedans qui épouse le dehors ? le dedans, et le dehors, on s’enfoncer mais c’est aller dans le leurre du fond, on est un peu perdu mais on aime, entouré porté rassuré on laisse
Laisser la perte nous envahir nous agrandir nous recentrer : entrer dans un tableau de Krochka, c’est accepter de se perdre et c’est se retrouver ensemble grandi, chaque point éclaté concentrant le regard, et l’espace et la lumière, c’est une perte pour mieux c’est sans fin, une exploration qui n’en finit pas – épousées la lenteur de l’espace et de l’œil, la caresse de la main.
L’errance ouvre, de couche en couche et c’est nous qu’elle ouvre. Krochka, c’est une interrogation, parfois un peu inquiète avec cette suspension qu’on ne sait mais une tranquillité aussi, un élargissement du regard et de l’âme qui en même temps se resserre et se découvre et se réunit.
Son espace est de poésie. On y entre en pauvre, en errant, en ignorant, sans savoir ni vouloir, les choses se mettent en place comme sans nous et disent. C’est à peine un souffle et c’est comme une symphonie, silences échos se répondant, mystère du rien et de l’immense on est relié
Éliane Vernay, Genève le 9 janvier 2026
www.ombres-blanches.fr
Librairie Ombres Blanches, Galerie & Salle de Conférences, 3 Rue Mirepoix, 31000 Toulouse
Du mardi au jeudi de 14 h à 19 h – vendredi, samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h
- Arts Plastiques
- - Publié le
- Philippe Cadu














