Jacques Mataly - L'horizon incertain
Du 28 mai au 31 juillet 2026 – Vernissage mardi 2 juin à 18h
Présentation du livre L’horizon incertain (Éditions de l’Atelier contemporain), en présence du photographe Jacques Mataly et des auteurs des textes : Alain Monnier, Christian Thorel et Michel Jullien (ce dernier sous réserves).
Le livre que le public découvrira à l’occasion de l’exposition de Jacques Mataly est consacré à sa série « Ligne d’horizon ».
Ce sont des photographies carrées rigoureusement partagées en leur exact milieu horizontal précisément par l’horizon vu du bord de mer. Des marines qui, loin du cliché de genre, convoquent une lecture plus large que le paysage pourtant déjà sans bornes d’où elles sortent.
Car Jacques Mataly ne photographie pas un lieu particulier, des espaces pittoresques, il prend tout l’horizon, juste cela : cette profondeur et son imaginaire où, debout face au large notre vue commence et se termine. Point de géographie identifiable donc, mais l’étendue de la mer et des nues devenues rectangles de lumière, de pures couleurs, de nuances profondes dans lesquelles, non plus seulement nos yeux mais notre esprit avec, peuvent plonger.
Un carré d’une géométrie émouvante transformant cet impossible mariage de l’air et de l’eau en une surface devenue elle-même un nouvel horizon.
« Les images de Jacques Mataly plongent le regard dans des vues maritimes à la force abstraite brute. Elles sont à la fois rigoureusement géométriques et éminemment poétiques : leur format carré est divisé en deux parties égales sur l’axe d’une ligne d’horizon au pouvoir tant graphique que symbolique. L’esprit se balance, se projette et s’évade alors sur cette simple ligne, lisière entre l’ici et l’ailleurs, la réalité et l’imaginaire.
Les photographies donnent lieu à une juxtaposition de surfaces de couleurs nuancées au grain marqué qui se détachent de la pénombre, comme sculptées par l’incandescence des premières lueurs du matin. Les plans fusionnant, la perspective se brouille et le sujet devient abstrait. Très vite, nous oublions le medium photographique pour ne plus percevoir que l’image, image que l’on dira volontiers picturale. D’un point de vue formel, cette stratification de blocs de couleur rectangulaires aux frontières floues et envoûtantes rappellent volontiers les œuvres abstraites d’un Mark Rothko.
L’élan romantique qu’inspire ces horizons infinis s’apparente quant à lui davantage à l’esprit des expressionnistes allemands, entre vertige du sublime et voyage intérieur. Jacques Mataly ne contemplerait-il pas ici l’horizon lointain – et nous son œuvre – tel le voyageur de Caspar David Friedrich contemplant la mer de nuages ?
Ces lieux non identifiables vibrent dans l’obscurité et la solitude sans qu’aucun relief pittoresque ou silhouette ne viennent rompre l’harmonie silencieuse de leur ligne d’horizon.
Ainsi épurée, l’image semble décupler son pouvoir d’attraction, invitant l’esprit vagabond à quitter la rive pour venir s’engouffrer dans la longue brèche qui se dessine au loin. La géographie inconnue de ces lieux semble ainsi bien être celle de l’espace liminal marquant la rencontre entre le ciel et la mer, le jour et la nuit, la réalité et le fantasme.
Telles sont la force graphique et la magie de ces photographies échappant subtilement aux poncifs de la marine. « Ce n’est pas l’horizon auquel on veut nous faire croire qu’on voit, mais c’est l’image elle-même qui devient un nouvel horizon », remarque Allan Humerose.
Maxime Papaux, Fribourg, mars 2023
« Il faut comprendre la fascination du photographe, l’homme obsédé, c’est du moins ainsi que je l’imagine, par l’obligation de saisir l’impossible, l’intangible, l’évanescence. Photographier l’horizon, c’est saisir une chose qui n’existe pas, et la fixer dans le grain du papier.
Matérialiser le trait. Mais cela ne suffit pas, il faut poursuivre, il faut empiler, accumuler, la démarche artistique est là, dans cette traque, dans cette nécessité. Les œuvres se mettent à démultiplier les horizons dans de grands formats nécessaires, sans jamais en venir à bout.
Et cette ligne, désormais brisée dans la série des tirages, semble soudain symboliser la fine cicatrice du désarroi du photographe. De notre désarroi, puisque nous sommes, avec lui, assis au bord de son œuvre. »
Alain Monnier
www.ombres-blanches.fr
Librairie Ombres Blanches, Galerie & Salle de Conférences, 3 Rue Mirepoix, 31000 Toulouse
Du mardi au jeudi de 14 h à 19 h – vendredi, samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h
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- - Publié le
- Philippe Cadu














