Du côté de chez nous – Nadia Ehrmann
Du 29 mai au 22 aout 2026 – Vernissage vendredi 29 mai de 13h à 21h30
Pour l’exposition Du côté de chez nous, l’artiste Nadia Ehrmann mène une « microexploration » des éléments naturels qui longent la rivière du Tarn et celle de l’Ariège, depuis le confluent avec la Garonne, jusqu’à sa source dans les Pyrénées. Le long de ces cours d’eau, l’artiste vagabonde, observe et dessine.
Sous ses traits de crayon, les rivières s’animent et dansent dans une myriade colorée. Sur des cartes à gratter, l’artiste laisse apparaître les détails foisonnants de l’écosystème dans lequel elle se trouve. Elle assemble des éléments naturels sous forme de sculptures végétales, à la fois amulettes, frondes et pinceaux.
Une installation composée de rameaux récoltés le long des berges évoque aussi bien un site de fouilles archéologiques, qu’un campement abandonné et une cabane d’enfant. Tout en douceur, le travail plastique de Nadia Ehrmann mêle l’imaginaire du jeu et de l’enfance aux images survivalistes de fin du monde.
La microaventure proposée par l’artiste est finalement une invitation à s’émerveiller autant qu’à s’étonner devant la richesse des formes de la nature.
Couler de source
L’eau apparaît comme le fil conducteur de la pratique artistique de Nadia Ehrmann. Elle s’immisce dans tous les aspects de son travail, à la fois comme technique de dessin (l’eau lui permet de diffuser l’aquarelle) et comme sujet à peindre (les cours d’eau sont pour l’artiste une source importante d’inspiration, représentés dans bon nombre de ses œuvres).
L’eau lui permet de transcrire le mouvement lent de la nature, les vibrations de la lumière et la délicatesse des textures de l’environnement – tous ces phénomènes auxquels on ne prête habituellement que trop peu d’attention. Sa démarche consiste à observer des lieux, des paysages – principalement les rivières – et de se souvenir des moments vécus, des sensations que cette contemplation lui a procurées.
À propos des rivières, elle affirme : « J’aime regarder les rivières, les jeux de reflets à leur surface et le mouvement perpétuel qui les anime ; j’aime leur côté à la fois apaisant et vivifiant ; j’aime leurs odeurs, leurs couleurs changeantes, les mystères qu’elles semblent drainer. »
L’exposition est l’occasion de présenter le travail récent et inédit de l’artiste qui, pour la première fois, s’est plongée durant une année sur les berges du même cours d’eau, l’Ariège. Nadia Ehrmann commence par réaliser un ensemble de croquis à l’aquarelle et à la gouache pour dépeindre, de manière schématique du paysage qui l’entoure. Ces masses colorées, captées sur le vif de ses promenades, lui permettent d’affûter son regard et de se fondre pleinement dans la nature environnante. Elle rassemble ensuite ses compositions sous forme de carnets, intitulés Carnets de croquis (l’Ariège) (2025-2026).
Ces dessins constituent une étape intermédiaire, à partir de laquelle elle produit un ensemble de cartes réalisées cette fois-ci aux crayons de couleur, Quarante-six fois l’Ariège (2025-2026). Grâce aux carnets de croquis, Nadia Ehrmann se replonge dans ses promenades passées. Les sensations ressenties lui reviennent et se transforment en couleurs. Comme bercée par cette palette de teintes, sa pratique apparaît comme un moment de détente et d’introspection.
Peu à peu, Nadia Ehrmann se détache du réalisme des éléments naturels pour tendre, plus encore, vers une forme d’abstraction onirique dans sa série Ricochets (2025-2026). Des taches colorées réalisées à l’aquarelle, à la gouache et aux crayons de couleur y abondent sur la surface du papier. L’artiste invite les publics à arpenter l’Ariège avec elle, à y flâner et à composer de nouvelles rêveries.
La marche
Dans son journal en ligne, Nadia Ehrmann détaille ses promenades : « Les 29 et 30 septembre, promenade à Clermont-le-fort, en suivant les parcours intitulés « sentier botanique » et « hameau des Fraysses », et un peu au-delà. Le 29 en direction de Goyrans, le 30 en direction de Venerque. J’arrive à la fin de la Réserve naturelle Confluence Garonne Ariège, dont j’ai suivi les sentiers jusqu’ici. […] »
Elle y décrit également la manière dont le temps qu’il fait influence sa perception du paysage, le rythme de l’eau qui coule, les oiseaux qu’elle entend chanter. À l’image d’un carnet de voyage, son périple adopte la forme de dessins, de mots, de sensations. Son appréhension du vivant est une invitation à prendre le temps de contempler la nature qui nous environne. À proximité de nous, il y a tant de paysages à découvrir.
Par sa démarche, Nadia Ehrmann s’inscrit dans la longue tradition des artistes et penseurs-marcheurs. Déjà, au XVIIIe siècle, le philosophe Jean-Jacques Rousseau soulignait l’importance de la marche dans la construction de sa pensée avec Rêveries d’un promeneur solitaire (1782).
À la croisée de l’essai et du mémoire, cet ouvrage est le lieu d’une démarche introspective, inédite pour l’époque, qui permet à l’auteur de mieux se connaître et de se comprendre. Il y présente sa vision philosophique du bonheur, grâce à la relation profonde qu’il entretient avec la nature, nourrie par la marche, la contemplation ou encore par sa manière d’étudier les plantes.
Près d’un siècle plus tard, il est rejoint par Henry David Thoreau, philosophe américain qui fait l’apologie de la marche dans le cadre d’une communion avec la nature dans son célèbre livre De la marche (1862), devenant l’un des piliers du mouvement environnemental aux États-Unis.
www.pavillonblanc-colomiers.fr
Pavillon Blanc Henri-Molina, 4 place Alex Raymond, 31770 Colomiers. Tél : 05 61 63 50 00
Ouvert mardi, mercredi et samedi de 10h à 18h30, jeudi et vendredi de 12h à 18h30
- Arts Plastiques
- - Publié le
- Philippe Cadu














