Je pratique le dessin au graphite et à l’ encre dans un travail au trait proche des techniques anciennes de gravure. Tout se passe avec des hachures croisées, un réseau de milliers de traits qui agissent comme des glacis.Cela me permet de décrire soigneusement des textures, des ombres, des modelés et de proposer un univers fantastique et onirique dans lequel tout peut arriver: des rochers peuvent flotter, des planètes se rapprocher, des hybridations apparaître et des passages s’ ouvrir entre différents univers.
Chaque dessin part d’ une idée, d’ une esquisse, mais il y a une grande part d’ improvisation lors de la réalisation; les gestes imprévus et les accidents sont intégrés au processus. Des matières inattendues apparaissent sous les mines de graphite, des nuages, des éboulis, des mélanges de végétal, de minéral, d’ animal. Ainsi le dessin peut évoluer loin de l’ esquisse de départ; je suis alors comme un archéologue qui creuse patiemment pour révéler d’ anciennes traces enfouies dans le sol, ouvert à toutes les surprises.
Le temps est important, la longueur du travail imposée par la technique des hachures permet à l’ imaginaire de se déployer librement; plutôt qu’ un surgissement soudain, c’ est une lente maturation, une rêverie au ralenti.
C’ est une recherche de poésie visuelle et hors du temps, devant laquelle la personne qui regarde peut se raconter ses propres histoires. Mes dessins ne délivrent pas de signification explicite mais invitent plutôt à se laisser porter dans une libre introspection.
Bruno Puel