Tiago Santana - Sertão
Du 2 avril au 17 mai 2026 - Vernissage jeudi 2 avril à 18h
Faisons une expérience, demandons à n’importe qui dans la rue, dans un café, dans un bureau ou dans une salle de classe universitaire : « Qu’est-ce que le Brésil pour vous ? ».
Nous connaissons tous la réponse : Rio de Janeiro, son carnaval, Copacabana, le Christ en haut de sa montagne, la bossa nova, les favelas…
Les plus cultivés rappelleront l’existence de Manaus, son opéra, son âge d’or. Mais le Nordeste… Qui évoquera cette région du Brésil si ce n’est les spécialistes de ce pays qui a presque la taille d’un continent ? Pourtant, là, à la portée de nos yeux, l’implacable objectif de Tiago Santana dévoile cette fascinante et inépuisable réalité qu’est ce Nordeste du Brésil où il est né. Il photographie, d’abord la terre, la terre sèche, la terre sans herbe, la terre sans fleurs, la terre sans arbres.
Tout simplement la terre. Puis les animaux. Ceux qui servent à nourrir les humains et ceux qui aident au travail de la campagne.
Ils sont tous mélangés : chevaux, ânes, cochons, coqs, poules… Sans oublier les chats et surtout les chiens ; chiens solitaires qui ont l’air de ne pas connaître un maître déterminé : les chiens du village. Et il y a enfin, bien entendu, les enfants qui font partie du paysage. De ces photographies ressort alors l’idée baroque de la profonde fécondité du chaos.
Ce morcellement des corps et des objets donne ainsi in fine l’impression de photographies prises sur le vif à la manière d’un documentaire objectif et impartial,
révélant tangiblement la brutalité et la précarité des conditions de vie du Nordeste. Le Nordeste de Tiago Santana ne connaît pas le rire ni le sourire. Visages sévères.
Visages austères. Peau creusée de rides, cicatrices qui marquent le passage du temps. L’artiste va au-delà du réalisme pour mieux exposer la réalité de la région à laquelle il s’intègre.
Ne nous trompons pas : un amour féroce lie l’artiste au lieu qui l’a vu naître. Féroce parce que nous ne trouvons pas la moindre trace de mièvrerie dans les photographies de Santana.
Il y aurait même une certaine fierté à nous montrer ce Nordeste brésilien tel qu’il est. Au Nordeste du Brésil, selon le témoignage de Tiago Santana, on attend.
On s’assoit, cassé par la fatigue, ou, simplement, pour voir passer le temps. Et l’on s’assoit où l’on peut, sur une marche devant la porte d’une cabane, ou sur le toit d’une maison.
On marche aussi, bien entendu, cela fait partie de la vie à la campagne, mais dans cette région présentée par Santana, la marche, semble surtout être la procession.
Eduardo Manet (Extrait de la préface du Photo Poche « Sertão » aux éditions ACTES SUD)
En partenariat avec Bruits d’Couloir.














