Sophie Calle – Êtes-vous triste ?
Du 12 avril au 21 septembre 2025 – Vernissage samedi 12 avril à 18h30
L’exposition intitulée Êtes-vous triste ? , consacrée à Sophie Calle au Mrac Occitanie, emprunte son titre à une interrogation portée par l’artiste à la fin du texte La Visite médicale.
Au travers de son travail, Sophie Calle continue de nous raconter ses histoires dans un langage précis et sobre, avec le souci du mot juste. Tantôt légères et drôles, tantôt sérieuses, dramatiques ou cruelles, ces histoires vraies, toutes accompagnées d’une image, livrent dans un work in progress les fragments d’une vie.
L’oeuvre de Sophie Calle se présente depuis plus de vingt ans sous la forme d’installations, de photographies, de vidéos et de récits. L’exposition Êtes-vous triste ? est l’occasion de redécouvrir certaines de ses pièces iconiques, notamment l’ensemble de Douleur exquise (1984-2003) fondé sur l’expérience d’une rupture sentimentale vécue par l’artiste comme le moment le plus douloureux de sa vie.
Une vie humaine recèle suffisamment d’émotions, fortes ou ordinaires, pour être un matériau d’art à part entière, tel est le principe au coeur de la production artistique de Sophie Calle, qui, depuis la fin des années 70, transforme son vécu et son intimité en oeuvres d’art.
Dans l’exposition, l’artiste a choisi d’explorer certaines des thématiques qui lui sont centrales telles que la privation du regard ou la disparition en ayant recours à l’archive et à l’écriture comme sources et matières premières de sa création.
Relevant le défi de l’invitation, l’artiste interroge avec esprit et profondeur la réception critique de son oeuvre et son souci de transmission aux générations futures.
Quelque un de ses travaux
La visite médicale, 2002 (série des Autobiographies, 1988-2025)
J’ai passé une visite médicale. Il m’a fallu remplir un questionnaire de six pages, près de trois cents questions. A toutes, sauf une, j’ai répondu NON. Avais-je contracté la rubéole, la variole, le choléra, le tétanos, la tuberculose, la fièvre jaune, la scarlatine, ou le typhus… Étais-je sujette aux vertiges, avais-je du cholestérol, du diabète, de la tension, des maux de tête, de coeur, de ventres, des enfants, des allergies, des calculs, des palpitations, des bouffées de chaleur, des problèmes cardiaques, dentaires, auditifs, des crises de tétanie, d’épilepsie, des douleurs lombaires, des étourdissements, des évanouissements, des éblouissements, des embarras gastriques, des désordres intestinaux, des troubles visuels? Et, soudain, comme si de rien n’était, perdue dans le flot, cette interrogation : «Êtes-vous triste ?»
Inventaire des projets achevés, 2023-2025
J’ai dressé la liste de tous les projets que j’avais réalisés depuis mes débuts. J’en ai comptabilisé soixante-sept. J’ai joué à les associer à des titres de la Série noire et j’ai eu l’impression que ces titres m’attendaient.
Douleur exquise, 1984-2003
En 1984, le ministère des Affaires étrangères m’a accordé une bourse d’études de trois mois au Japon. Je suis partie le 25 octobre sans savoir que cette date marquait le début d’un compte à rebours de quatre-vingt-douze jours qui allait aboutir à une rupture, banale, mais que j’ai vécue alors comme le moment le plus douloureux de ma vie. J’en ai tenu ce voyage pour responsable.
De retour en France, le 28 janvier 1985, j’ai choisi, par conjuration, de raconter ma souffrance plutôt que mon périple. En contrepartie, j’ai demandé à mes interlocuteurs, amis ou rencontres de fortune : “Quand avez-vous le plus souffert ?”
Cet échange cesserait quand j’aurais épuisé ma propre histoire à force de la raconter, ou bien relativisé ma peine face à celle des autres. La méthode a été radicale : trois mois plus tard j’étais guérie. L’exorcisme réussi, dans la crainte d’une rechute, j’ai délaissé mon projet. Pour l’exhumer quinze ans plus tard.
Sophie Calle
Tour à tour décrite comme artiste conceptuelle, photographe, vidéaste et même détective, depuis la fin des années 70, Sophie Calle fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde. Elle a développé une pratique immédiatement reconnaissable, alliant le texte à la photographie pour nourrir une narration qui prend la forme d’une règle du jeu. Elle brouille dans ses rituels les frontières entre l’intime et le public, la réalité et la fiction, l’art et la vie, tout en laissant la place au hasard.
Elle a présenté des expositions personnelles dans des institutions prestigieuses telles que le Palais de Tokyo à Paris, l’Institute of Contemporary Art à Boston, le Centre Pompidou à Paris, la Whitechapel Art Gallery à Londres, le Museum Boijmans van Beuningen à Rotterdam, le Tel Aviv Museum of Art, le Louisiana Museum of Modern Art à Humlebæk, le Museum of Contemporary Art à Santiago, ainsi que le Hara Museum of Contemporary Art à Tokyo. En 2023, Sophie Calle devient la première artiste à investir l’intégralité des galeries du Musée Picasso de Paris pour une exposition monographique.
Sophie Calle est lauréate du Prix Hasselblad en 2010. En 2024, elle reçoit à Tokyo le prix Praemium Imperiale, considéré comme le Nobel des arts, dans la catégorie « Peinture ». Son travail fait partie des collections de nombreuses institutions de renom, telles que le Metropolitan Museum of Art de New York, le San Francisco Museum of Modern Art, le Solomon R. Guggenheim Museum à New York, la Tate à Londres, le Centre Pompidou à Paris, le Louisiana Museum au Danemark.
MRAC, 146, avenue de la plage – 34 410 Sérignan. Tél : 04 67 32 33 05
- Installation, Photographie, Vidéo
- - Publié le