L’été photographique de Lectoure 2021

L’été photographique de Lectoure 2021 Julien Coquentin, Tropiques, 2020 © Julien Coquentin

L’été photographique à Lectoure et La Romieu 2021

Du 10 juillet au 19 septembre 2021 – L’inauguration  à partir de 11h Programme de la journée 

Avec Azimut, une marche photographique du collectif Tendance Floue et ses invité·e·s • Julien Coquentin • Nía Diedla • Julie C. Fortier • Christophe Goussard et Charles-Frédérick Ouellet • Léa Habourdin • Marine Lanier • François Méchain • Ariane Michel • Nos Années Sauvages avec Thomas Cartron, Laurent Martin et Sylvain Wavrant.

Les expositions
Les rendez-vous

L’été photographique constitue un temps fort de la programmation du Centre d’art et de photographie de Lectoure. Labellisé « centre d’art contemporain d’intérêt national » en septembre 2020, le CAPL œuvre toute l’année dans son lieu à Lectoure en programmant expositions, résidences de création, projets d’actions culturelles et de médiation dans un esprit de découverte et d’expérimentation, de partage et de convivialité, avec la conviction profonde que l’art stimule l’esprit critique, la réflexion et constitue un puissant moteur d’interrogation et d’interpellation de la société et du monde.

Le festival convie les visiteurs à une déambulation entre plusieurs lieux patrimoniaux de Lectoure, invitant à une découverte de la ville tout en lenteur. Depuis l’été 2020, des projets artistiques se déploient aussi à l’air libre, dans l’espace public. Cette année, une exposition est aussi programmée dans le cloître de la célèbre collégiale de La Romieu. Une offre culturelle riche complète le programme d’expositions. Ces rendez-vous ponctuels activent les liens entre le CAPL, ses visiteurs d’ici et d’ailleurs et Lectoure, sa ville de 3 700 habitants en zone rurale. Soumise à de profondes mutations, la ruralité est devenue, avec la montée de la sensibilité environnementale, non seulement un environnement à défendre mais surtout un milieu de vie à protéger.

Réfléchir à la relation à notre lieu, revisiter la notion ambivalente de « nature » prend toute sa signification dans ce contexte. L’idée d’un monde fini, doté de ressources épuisables, est devenue une réalité incontournable. Cet enjeu à la fois environnemental et sociétal touche nos modes de vie, de penser et d’être au monde. Il nous pousse à mettre en place de nouveaux modèles et à reconsidérer la manière dont nous habitons le monde. Il introduit une compréhension enrichie du vivant, une forme d’association, d’alliance nous amenant à repenser radicalement notre rapport à la nature, entre sacralité et exploitation.

Lors de l’édition 2019, les artistes s’intéressaient aux images et à l’imaginaire véhiculé par les territoires ruraux, entre la nostalgie d’une ruralité idéalisée, parfois folklorisée, et les pratiques agricoles nouvelles. La nature devenait sujet de représentation, patrimoine végétal, objet de collecte et d’inventaire mais aussi espace de fiction.

En 2020, la pandémie stoppait net le scénario initial de L’été photographique. C’est en plein air que nous réinventions le festival, avec l’édition Circuit court. Interrogeant les écosystèmes, entre global et local, l’impact des projets artistiques sur l’environnement, la nécessaire mise en place d’une sobriété carbone, le festival nous amenait à réfléchir à des formes d’organisation plus résilientes, expérimentées entre autres par les collectifs d’artistes.

L’édition 2021 du festival prolonge ces réflexions, interroge la notion polysémique de nature qui, depuis des siècles, contribue et conditionne fortement notre rapport au monde. Partant de la relation qu’entretiennent les artistes aux territoires inconnus ou familiers, les lieux où ils vivent, les lieux qu’ils arpentent le temps d’un projet, cette édition propose de nouvelles pistes de réflexion qui disent beaucoup sur leur relation au vivant, au monde végétal, au monde animal, aux éléments, aux forces physiques, invisibles, intangibles.

Dans certaines langues, sur certains continents, chez les peuples dits « premiers », le mot nature n’existe pas. Il est incarné par un milieu partagé entre les humains et toutes les autres espèces. C’est un tissu d’êtres vivants – esprits, humains, animaux et végétaux. De notre point de vue occidental, la nature représente plutôt cette part du monde, extérieure à l’espace cultivé, indocile, non domestiquée que nous n’avons pas créée. Ce mot convoque le vivant que l’on a pris la peine d’étudier, de classifier pour mieux cerner et étouffer le sauvage.

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À ce moment de l’histoire où les espaces dits « naturels » sont en péril, de plus en plus dégradés (pollutions, perturbations climatiques), où l’on observe une disparition accélérée de la faune, de la flore et que nos actions semblent parfois impuissantes, certaines formes de réappropriation des valeurs du sauvage sont très présentes dans le travail et la démarche de certains artistes, avec une attention, une manière d’être « branché » sur le vivant.

En cette période sombre et lourde, il semble indispensable et urgent pour bon nombre d’entre nous de faire place aux valeurs du sauvage, force vitale, espace de liberté, outil pour se reconnecter à son être profond.

À travers leurs œuvres, leurs démarches, leurs engagements, la dimension parfois collective des projets menés, ces artistes réinventent une présence active, singulière et personnelle au monde. Dans une forme de réappropriation de l’instinctuel, des valeurs du sauvage, les artistes conviés pour cette édition font un pas de côté, prennent des chemins de traverse générant un rapport sidéré et mouvant au vivant.

Cela se traduit parfois par une fascination pour les grands espaces, des territoires isolés et reculés qui alimentent la vision d’une nature perçue comme immaculée et pratiquée comme initiatique. On décèle aussi une attention à la notion de Genius Loci, l’esprit du lieu, son caractère indiciel, son atmosphère, sa spécificité géographique, géologique, historique, ses couches d’ancestralité. Les territoires, les lieux, espaces d’expérimentation, espaces traversés, font ressurgir la dimension historique, mémorielle et sensorielle inhérente à ces vastes territoires.

On constate aussi chez ces artistes un attrait puissant pour l’expérience physique du monde, à travers l’usage de la marche. La marche telle une médication pour préserver l’homme moderne des maux de nos sociétés occidentales contemporaines. Une nouvelle façon de se tenir debout, interstice de liberté dans un monde privé d’imprévu. La marche, propice à l’introspection, à la contemplation et qui modifie le rapport au temps, à l’espace mais aussi au travail artistique.

L’approche in situ et la plongée au long cours dans les territoires deviennent parfois un mode opératoire pour aller au cœur de cette nature qui retient en elle les mémoires invisibles, les traces d’un passé réel ou mythique et ouvre les accès dérobés sur l’histoire et la géographie d’un territoire. On retrouve aussi la question des mythes, des rituels, du rapport archaïque aux objets, aux lieux, aux odeurs, comme lien privilégié entre espaces physiques et métaphysiques. Certains artistes font appel dans leur travail à cette part archaïque et vitale, soutien de notre vie intérieure, de notre part animale, instinctive et libre.

Marie-Frédérique Hallin
Directrice du Centre d’art et de photographie de Lectoure

Centre d’art et de photographie, Maison de Saint-Louis, 8 Cours Gambetta 32700 Lectoure

Tél : 05 62 68 83 72. Tous les jours de 14h à 19h, fermé le mardi.