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Lucie Laflorentie – Rencontres infinies

Du 10 mars au 28 mai 2023 prolongée jusqu’au 17 septembre 2023.

Lucie Laflorentie – Paysages du pays du monde

Au musée Pierre-de-Luxembourg, l’exposition s’ouvre sur l’oeuvre Somewhere between ruin and dream, cela aurait pu être le titre de l’exposition mais Lucie Laflorentie a préféré les Rencontres infinies, celles qu’elle a faites en arpentant les lieux, à l’écoute des histoires qui se racontent et imprègnent les murs, celles qui se disent aux contacts des personnes qui les habitent, les ont habités ou simplement traversés. Son travail se mesure à l’espace des lieux mais se nourrit de l’accumulation des strates et des signes, d’une mémoire en profondeur. L’artiste aime multiplier les points de vue, son regard a besoin de se déployer sur de nouveaux territoires pour créer de nouveaux paysages.

La série prend la forme de pièces autoportées incluant des blocs sculptés ou naturels.

L’image se déplace vers le volume et la fragmentation des plans répond à celle des pierres. Leur inclusion rappelle l’extraction dont elles proviennent, irréductibilité de l’original et du contexte d’origine. Pour Lucie Laflorentie, les forces plastiques sont matérielles et elles organisent la matière afin que le virtuel et la pensée s’incarnent. Dans ce travail, le réel est plus que jamais l’objet d’une fiction.

Dans le parcours l’un se faisant multiple, nous retrouvons cette série au Fort Saint-André et à la Tour Philippe Le Bel. L’artiste nous invite tout comme elle, à explorer les lieux, à découvrir ce qu’il y a de commun entre les temps et les pays, et à en partager les singularités.

Selon cette même logique à l’étage, deux Edition béton mettent en scène l’histoire comme un destin commun. Ces polyptyques condensent en un tableau l’histoire de la pierre, d’Etretat à Sens, de Pompéi à Carnac, d’Annecy à Rome, comme une forme d’éternité.

Dans un mouvement continu, chaque image déposée dans un écrin de marbre et de béton, glisse vers l’autre suivant l’ondulation d’une ligne de crête dessinant un paysage unifié.

À nouveau sont liés dans une même pièce les matériaux qui constituent et construisent le pays, ressources naturelles et ingénierie humaine, patrimoine naturel et culturel, poudre de marbre et béton. L’oeuvre crée un lien intrinsèque avec son sujet, tout en questionnant ses représentations, les croyances qui s’y rattachent, ses déclinaisons dans les monuments historiques, en tant que matériaux de construction ou dans son élément. Edition béton et son inventaire photographique très 19e joue également avec les contrastes, entre préciosité de l’argentique et images d’Épinal, entre caractère brut des agrégats et sensualité du marbre.

Dans la salle du couronnement, le motif et la couleur font leur apparition avec Les Papiers brûlés. Ils sont intimement liés aux souvenirs d’enfance de l’artiste, ceux des traces fantômes laissés par les outils agricoles déposés dans l’herbe puis enlevés, révélant une surface brûlée et jaunie. Les couches visuelles s’entrecroisent pour sortir des décombres et rendre visible la forme, corps absent et pourtant sensible. La fibre noircie, puissante et nuancée, rappelle la disparition et l’éphémère alors que les aplats de rose ou de bleu, lumineux, affirment leur présence.

Dans la salle suivante, les essentiels, pigments de couleurs acidulés ou pastels, poudre de marbre, ciment et plâtre, se retrouvent dans le Motif échapper, abstraction organique ici jaune et blanche. Au-delà du sujet, le panneau lisse et velouté figure un espace mental. La surface a une profondeur, elle sort de ses limites et appelle le regard à aller plus loin par la pensée.

À la Chartreuse, Lucie Laflorentie a produit des pièces en lien direct avec le site et la ville de Villeneuve Lez Avignon, marqués au 14e siècle par la présence des cardinaux et du pape et de fait d’une forte activité alentour.

Aussi dans un mélange indiscernable entre le réel et l’imaginaire, entre le déploiement des matières naturelles ou fabriquées, des éléments organiques ou architecturaux, l’artiste introduit les signes du langage et la marque des hommes.

Dans la salle du chapitre donnant sur le petit cloître, plusieurs bas-reliefs sont issus de moulages de pierre et de fragments anciens sculptés, alors que d’autres portent l’empreinte de grilles industrielles ou de tomettes en terre cuite. Les sculptures se marient au flux circonstanciel du temps et livrent un premier indice de l’activité humaine dans ce lieu unique de la Chartreuse où l’on administrait et délibérait en communauté.

Plus loin à la bugade se déploie un ensemble en rapport avec le savoir-faire et l’interdépendance de la main et de l’esprit. Une série d’oeuvres incluent des marques de tâcheron prélevées sur les murs des monuments, allusion en filigrane à ce qui est souvenu et à ce qui se présente comme oubli. Lucie Laflorentie a un grand respect pour les artisans et les gestes ouvriers. Avec harmonie, les signes de cette présence/absence remontent à la surface et s’ajoutent aux évènements plastiques pour donner une autre épaisseur à la fabulation créatrice. Ils matérialisent en quelque sorte l’entrée du signifiant au monde.

Les différents plans renvoient aux plis du paysage où viennent se repositionner l’esprit des tâcherons. Dans ce réseau et cet espacement se logent à la fois l’être en commun, le passage et le partage.

MUSÉE PIERRE-DE-LUXEMBOURG, 3, rue de la République à Villeneuve Lez Avignon Tél : 04 90 27 49 66

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