Exposition « Naming the Money » Lubaina Himid Daisuke Kosugi – Bordeaux

Naming the Money Lubaina Himid Une fausse pesanteur Daisuke Kosugi

Du 31 octobre 2019 au 23 février 2020 – Vernissage mercredi 30 octobre 2019  à 19h

www.capc-bordeaux.fr

Naming the Money Lubaina HimidNaming the Money Lubaina Himid

La programmation 2019 du CAPC se clôture avec une exposition de Lubaina Himid, lauréate du prestigieux Turner Prize en 2017, qui s’articule autour de son installation Naming the Money (2004). Œuvre fondamentale de l’artiste britannique, elle se compose d’une centaine de silhouettes en contreplaqué peintes qui donnent vie aux serviteurs africains représentés auprès de leurs maîtres comme faire-valoir dans la peinture européenne des XVIIe et XVIIIe siècles.

Figure de proue du British Black Art dans l’Angleterre des années 1980, Lubaina Himid développe depuis 40 ans une pratique qui combine projets artistiques, curatoriaux, constitution d’une archive et enseignement, dans laquelle elle interroge la marginalisation Naming the Money Lubaina Himidde la diaspora noire dans la société contemporaine.

En extrayant ces esclaves de scènes dans lesquelles ils étaient les symboles de la richesse et les marqueurs du statut social de leurs maîtres, Lubaina Himid leur redonne non seulement un corps mais aussi un nom et une capacité d’action collective. Employés comme céramistes, herboristes, fabricants de jouets ou encore dresseurs de chiens, ils nous racontent, sur fond sonore mêlant musique et texte, leurs identités changeantes, passant de leurs noms et métiers africains aux nouveaux noms et professions qui leur sont imposés dans les cours royales européennes. Legs récent de l’artiste aux Musées de Liverpool, Naming the Money élargit l’expérience de l’esclave à celle de tous les « migrants », dont les identités personnelles sont défaites et refaites selon les pressions exercées par les forces politiques et économiques mondiales.

Naming the Money Lubaina HimidDéployée au cœur de la nef du musée d’art contemporain de Bordeaux, cette installation rappelle la vocation première de l’entrepôt qui abrite le CAPC depuis les années 1970. Construit en 1824, une dizaine d’années après l’abolition officielle de la traite négrière, il fut utilisé pour stocker les denrées coloniales (café, sucre, cacao, coton, rhum, vin, morue, épices, etc.) en transit vers l’Europe du Nord, qui firent la fortune du négoce maritime bordelais pendant plus d’un siècle.

En contrepoint à cette foule bigarrée au sein de laquelle le spectateur est invité à déambuler, Lubaina Himid expose neuf diptyques peints aux motifs géométriques abstraits. Issue de voyages réels ou intérieurs qui exaltent la mémoire de son île natale, cette série de peintures, intitulée Zanzibar, évoque plus qu’elle ne convoque et répond à Naming the Money par un silence sonore.

Commissaire : Alice Motard

Une fausse pesanteur Daisuke KosugiUne fausse pesanteur Daisuke Kosugi

Dans Une fausse pesanteur, troisième et dernier épisode du Nouveau sanctuaire, série d’expositions sur la manière dont l’architecture se rapporte au corps et aux sens, l’architecture de la maison apparaît comme toile de fond tenace, donnée immuable. Le corps dépend d’elle pour structurer ses activités quotidiennes, parfois au point d’étouffer dans la domesticité. Que se passe-t-il lorsque nos corps se désolidarisent de l’architecture qui les entoure ? Les propriétés de l’architecture représentent des idées qui persistent à travers le temps, ce qui n’est pas le cas de nos corps, de nos habitudes et de nos routines.

L’exposition se compose d’une sculpture et d’un film commandé spécialement pour ce projet. Le film, A False Weight [Une fausse pesanteur], brosse un portrait expérimental de Tadashi, personnage inspiré par le père de l’artiste. Architecte à la retraite féru de bodybuilding, Tadashi est atteint par une maladie cérébrale rare et incurable qui affecte progressivement ses mouvements et son quotidien. La maladie gagne d’abord les mouvements et l’équilibre corporels avant de s’étendre à la parole, à la cognition et à la mobilité – expérience difficile à verbaliser, comme le suggère l’absence de la parole dans le film. Celui-ci se déroule dans l’environnement domestique de Tadashi, organisé de façon à lui permettre d’accomplir au mieux ses activités quotidiennes ; mais peu à peu, la perte de contrôle sur son corps perturbe ses habitudes et ses routines. Le rôle de Tadashi est interprété par le danseur de butō Toru Iwashita, dont les mouvements s’inspirent de la liberté découverte dans les limites du corps. Le butō est une forme de danse contemporaine japonaise qui permet de comprendre les profondeurs du corps, de le libérer de ses blocages grâce à certains mouvements.

Si le film  A False Weight critique le caractère monotone et universel d’une grande part de l’environnement bâti, la structure de bambou qui l’accompagne, To hold on hold (2019) – qui se soustrait aux rapports métriques et maintient le corps dans un état tâtonnant –, peut se comprendre comme une proposition adressée à l’architecture contemporaine. À travers son œuvre, Kosugi explore les possibilités d’émancipation du corps handicapé vis-à-vis d’une architecture inadaptée et d’une efficacité érigée en idéal, tout en traitant du caractère fallacieux des représentations contemporaines du corps idéal.

#after – de l’édition à l’exposition

Présentée dans la bibliothèque du CAPC, une sélection d’ouvrages (éditions originales, rééditions et détournements) témoigne des transformations de l’édition initiées par l’art conceptuel au milieu des années 1960. A contrario du processus d’une « dématérialisation de l’œuvre » théorisé par Lucy R. Lippard et John Chandler en 1968, le livre d’art s’est imposé comme une forme à part entière. Non plus considéré comme une information secondaire, il remet en question les enjeux de la collection, de l’exposition et de l’œuvre d’art.

L’approche croisée d’Alex Chevalier, artiste, et de François Trahais, historien de l’art, analyse l’héritage de trois figures tutélaires de l’histoire des conceptualismes : Marcel Duchamp, Seth Siegelaub et Edward Ruscha. Afin de mieux comprendre les bénéfices de leurs démarches dans la création actuelle, trois thématiques structurent la présentation des ouvrages sélectionnés : de l’archive à la collection, le catalogue comme espace d’exposition, le livre comme œuvre. 

Soucieux d’inscrire ce projet au sein d’une institution ayant activement contribué à la diffusion de l’art conceptuel en France, les commissaires ont sollicité le CAPC pour accueillir cette exposition. En collaboration avec le Centre du livre d’artistes (cdla) de Saint-Yrieix-La-Perche, qui accueillera le second volet de celle-ci en 2020, le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux présente aujourd’hui un ensemble de livres ayant remis les critères traditionnels de l’objet d’art et du statut de l’auteur − qu’il soit artiste, commissaire ou éditeur.

Artistes et auteurs présentés dans l’exposition
Les artistes : Saâdane Afif, Jan Dibbets, Anne-Valérie Gasc, Sol Lewitt, Mathieu Mercier, Jonathan Monk, Edward Ruscha, Yann Sérandour
Les auteurs : Germano Celant, Michel Claura, Yvon Lambert, Lucy R. Lippard, Catherine Millet, Seth Siegelaub, Harald Szeemann, Daniel Templon

CAPC, Entrepôt Lainé. 7 rue Ferrère, 33000 Bordeaux

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