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Sylvie Auvray – Billevesée

Du 14 avril au 3 juin 2023 – Vernissage  jeudi 13 avril à 18:00

« Soyez tranquille, ma nièce, quand les fadaises et billevesées que débitent ces baladins dont les affaires m’intéressent fort peu m’ennuieront par trop grièvement, je regarderai et soudain j’ouvrirai l’œil clair comme basilic. » 
Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse, 1863

Billevesée est un joli mot. La musique que composent ses lettres ensemble est agréable. Son étymologie confirme d’ailleurs cette impression, billevese en ancien français signifie cornemuse, le mot se formant ainsi de beille pour boyau et de veser pour gonfler. Billevesée fabrique de l’air, ou plus précisément des paroles en l’air, des balivernes et autres sornettes. Du bruit qui remplit du vide. C’est le propre du bavardage ordinaire que l’anthropologue Bronisław Malinowski identifie sous le nom de communion phatique. Parler de tout et de rien, pour reconnaître l’existence de l’autre et établir la possibilité d’un dialogue, d’un échange. Une musique verbale qui fraye un chemin en dehors de soi.

Il y a ces mots mais aussi des objets auxquels les humains se lient, des petites choses, des babioles qui n’ont d’autre fonction que celle d’être là, de participer au décor, car les humains n’habitent pas le monde seuls. Iels fabriquent leur compagnie, remplissent l’espace vacant. Sylvie Auvray est ainsi très entourée. Elle aime les objets en tout genre, les outils bien sûr mais aussi des bricoles qu’elle glane, récupère, des objets artisanaux comme ceux, sans qualités, issus de l’industrie. Ils sont son monde et celui de ses œuvres.

L’artiste se définit comme peintre mais ne se restreint pas au plan. Elle réalise ainsi depuis de nombreuses années des céramiques, des « bestioles » comme elle les qualifie, à la fois cabossées et magnifiées. Rien n’est tout à fait à sa place dans ces créatures, car justement la place et les formes de ce qui fait les pattes, les yeux, les muscles, les os, ont été définies par le travail de la matière et non été mues par le désir d’une représentation fidèle d’un modèle.

Sylvie Auvray ne cherche pas à effacer les effets des mouvements qu’elle produit, les agitations générées par la coïncidence de ses mains sur la matière, ni sur ce qui se passe dans l’association de la terre avec les émaux, les pigments ou autre résine. L’artiste rend ainsi perceptibles les possibilités de rencontre entre elle, ses gestes et les choses et entre les choses elles-mêmes. Le pouvoir de métamorphose de la matière réside dans sa musique interne que l’artiste écoute et accompagne.

Elle ne fige pas ses objets. Il faut la voir à l’œuvre, reprenant sans scrupules une sculpture, qui fût un temps en pause (dans une exposition ou à l’abri dans un coin de l’atelier) en ajoutant ici et là de la peinture automobile ou encore des accessoires fabriqués, empruntés, comme des bijoux et des fourrures. Elle customise, maquille, habille comme un.e enfant le ferait d’une poupée, d’une peluche pour reconnaitre l’autre davantage. Ces ornements sont des murmures, des tentatives de bavardages.

C’est plus vrai encore pour ses sculptures en plâtre sur lesquelles sont présentées les céramiques, elles sont en perpétuelle métamorphose. Sylvie Auvray ne cesse de les retoucher à quelques jours de l’ouverture de l’exposition. Une nouvelle couche de plâtre à un endroit, une excroissance amputée ailleurs, du brou de noix sur une surface jusqu’alors vierge, du vert aquarelle rehaussé de nerveuses stries blanches.

Réalisées pour l’ossature à partir d’associations d’objets récupérés, ici des paires de skis usagés et des baignoires en plastique pour enfants, ces sculptures ne ressemblent à rien de connu, seulement peut-être à des fragments d’un tout qui aurait été disloqué. Elles n’ont pas été dessinées, leurs conditions d’apparition sont empiriques. Elles sont des terres d’accueil opportunes pour les céramiques, qui ont dû y faire leur place. Là où c’est bancal, bariolé, rugueux, instable. Mais cet espace-là, ses surfaces et ses volumes, est celui de la liberté. Il ne répond à aucune convention.

Sylvie Auvray y a agi en suivant ses intuitions et le mouvement propre des matériaux utilisés. C’est seulement la fin du montage qui suspendra ces créations dans l’état dans lequel elles seront exposées. Parce qu’il reste toujours à faire, à dire et que la possibilité des liaisons est infinie.

Solenn Morel

Centre d’art contemporain Les Capucins, Espace Delaroche, 05200 Embrun. Tél. : 04.92.44.30.87.

du mercredi au samedi de 15h à 18h
ouverture exceptionnelle le 18.09.2022 de 15h à 18h

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