Exposition Le monde sous nos yeux – Perpignan

Alexandra Boulat, Éclat de guerre Exposition Le monde sous nos yeux – Perpignan

Le monde sous nos yeux , Alizé Le Maoult , Giles Duley, Alexandra Boulat

Du 19 janvier au 30 juillet 2023

Le monde sous nos yeux

Cycle d’expositions consacré à la représentation de la violence, de la métaphore à la frontalité.

Alizé Le Maoult, Ce que leurs yeux ont vu…

2013-2023

Abbas, Ameer Al Halbi, Lucas Barioulet, Patrick Baz, Yannis Behrakis, Guillaume Binet, Alexandra Boulat, Éric Bouvet, Alain Buu, Alvaro Canovas, Robert Capa, Chim, Rachel Cobb, Enrico Dagnino, William Daniels, Jérôme Delay, Françoise Demulder, Maxim Dondyuk, Thomas Dworzak, Edouard Elias, Stanley Greene, Thomas Haley, Ron Haviv, Olivier Jobard, Jon Jones, Alain Keler, Bulent Kilic, Gary Knight, Bénédicte Kurzen, Frédéric Lafargue, Catherine Leroy, Don McCullin, Aline Manoukian, Pascal Maitre, Christopher Morris, John G.Morris, Yan Morvan, Emmanuel Ortiz, Sergey Ponomarev, Noël Quidu, Patrick Robert, Christine Spengler, Maggie Steber, Tom Stoddart, Gerda Taro, Pierre Terdjman, Véronique de Viguerie, Alfred Yaghobzadeh, Francesco Zizola.

Avec la série de diptyques intitulée « Ce que leurs yeux ont vu… » Alizé Le Maoult rend hommage aux reporters de guerre, aux témoins de l’Histoire, à ceux qui témoignent des soubresauts du monde, souvent au péril de leur vie.  ​ En 1994, Alizé Le Maoult est en Bosnie pour la préparation du film « Le Cercle parfait » du cinéaste bosnien Ademir Kenović, dont le tournage commencera en décembre 1995 après la signature des accords de Dayton qui mettra officiellement fin au conflit. ​ Les sites mêmes du tournage, lieux de combats entre Serbes et Bosniaques, près de l’aéroport de Sarajevo, impliquent d’abord des opérations de déminage. Alizé Le Maoult habitait alors sur la célèbre « Sniper Alley » de Sarajevo. C’est dans la ville assiégée depuis plus de trois ans, qu’elle rencontre les reporters, et en particulier, une nouvelle génération de photojournalistes, à l’instar de Rémy Ourdan, encore nombreux à couvrir ce qui fut la première guerre en Europe après la Seconde Guerre mondiale. De ces rencontres, naîtra chez Alizé Le Maoult l’envie de rendre hommage à ceux qui témoignent. Cinéaste de formation, c’est pour son projet de film long métrage, dont les personnages principaux étaient des reporters, qu’elle commence naturellement à se documenter sur les photographes de guerre et qu’elle fait la rencontre de Stanley Greene à New York puis de Patrick Chauvel à Paris….

De nouveaux diptyques seront présentés au cours du printemps 2023. La liste des photographes exposés est donc provisoire…. Lire la suite

Commissariat : Jean-Luc Monterosso, Jean-Luc Soret, Nicolas Petit.

Giles Duley, Legacy Of War

Au cours des quinze dernières années, Giles Duley a documenté les effets à long terme des conflits dans le monde par le biais de ses photographies et de ses écrits. Son projet Legacy of War explore l’impact durable de la guerre sur les individus et les communautés à travers les récits de ceux qui vivent les lendemains de ses affrontements.

Qu’arrive-t-il aux pays et à leurs habitants une fois qu’un conflit est terminé ? Alors que la plupart des médias se concentrent sur les conséquences économiques et politiques à court terme de la guerre, le travail de Duley s’intéresse à l’humain et au personnel. Il explore l’environnement local et la vie quotidienne des personnes touchées par les conflits et soulève des questions souvent négligées par les grands médias et l’histoire.

Son travail contourne la dimension dramatique si souvent associé à la guerre. Vous ne verrez pas d’images de chars, de canons, d’explosions dans son travail, mais plutôt des histoires de la vie quotidienne de ceux qui sont pris dans la guerre. (…)

« Les guerres ne sont pas comme les gens l’imaginent. Ce n’est pas de l’action permanente, comme dans les films et les jeux vidéo ; la guerre est plutôt faite de longues périodes de monotonie, ponctuées de moments de violence extrême. Ce sont ces périodes douloureusement longues, où il ne se passe pas grand-chose, qui épuisent le moral des gens : l’isolement, les vies en suspens, l’absence de travail, les choix limités, la nourriture rare et la peur persistante…. Lire la suite

Commissariat : Jean-Luc Soret

Alexandra Boulat, Éclat de guerre

De 1991 à 1999, une série de guerres dévasta la Yougoslavie. Alexandra a couvert ce conflit,
elle écrivit « J’ai couvert ce conflit jusqu’à l’écœurement. J’ai vu à l’œuvre, toujours et encore la même hystérie lorsque les Serbes s’efforçaient de mettre leur emprise sur les Républiques désireuses de se séparer de la Yougoslavie. Pendant presque dix ans, j’ai accompagné au cimetière des milliers de personnes. (…) Tout au long du chemin, ma vision de l’humanité s’est assombrie et tant d’atrocités m’ont fait prendre conscience de la présence du démon sur la Terre. »

Le 24 février 2022, la guerre éclata en Ukraine. Lorsque je vis ces images de civils en fuite, entassés dans les bus et sur les routes, ces immeubles en feu, des vies soufflées et réduites en cendres, j’ai été troublée de la ressemblance entre les images de Sandra[1] et celles-ci. Si proches dans leur horreur.

Pourquoi se faire la guerre ? C’est une question que je me suis toujours posé. Je ne crois pas avoir connu le monde en paix, bien que les guerres nous paraissent souvent passées ou lointaines. Je pensais, sûrement utopiquement, que l’Histoire nous avait déjà montré l’atrocité des conflits, et que nous en aurions tiré les leçons. C’est triste de voir l’Histoire se répéter, ça dépasse et ça sert nos gorges à tous.

Dans La Peste, Camus écrit : « Quand une guerre éclate, les gens disent :  » Ça ne durera pas, c’est trop bête.  » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi. »

Ce qu’il se passe en Ukraine est une tragédie. Nous sommes tous concernés par le retour de la paix, je ne crois pas au discours selon lequel nous ne pouvons rien faire à notre échelle.
Lisons, écoutons, observons l’Histoire, prenons conscience de notre universalité et n’oublions pas que la liberté n’est jamais admise. Elle se défend.

« Tout a commencé alors que j’avais 27 ans, et mon regard sur le monde était encore celui d’une adolescente. La vocation de photographe, que j’héritais de mon père, ne m’avait jamais confronté ni à la mort, ni à la violence, et la guerre n’avait pour moi qu’une valeur abstraite. » disait Sandra. Ses photographies en Yougoslavie résument, à mes yeux, toute l’injustice d’une guerre. Les conséquences d’une guerre sont concrètes et ses premières victimes sont les Hommes. Sandra est toujours parvenue à rendre compte de cela, de l’humanité d’une guerre, de sa valeur concrète justement. Cette exposition rend hommage aux civils, à ces hommes et femmes soudainement pris de court par la violence. Elle rend aussi hommage aux journalistes, je crois dans l’importance de l’information. Sans eux, sans leur courage et leur désir de montrer la vérité du monde, nous ne pourrions pas nous confronter tant aux joies qu’aux violences de ce qui nous entoure.

Lucie Saada – Avril 2022

Couvent Des Minimes, 12 Rue Louis Bausil, 66000 Perpignan. Tél : +33 4 68 62 38 00

Entrée libre, tous les jours de 10h à 20h,

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