Caroline Monnet : Ancrer l’invisible – Île de Vassivière

Caroline Monnet : Ancrer l'invisible - Île de Vassivière

Caroline Monnet : Ancrer l’invisible

Du 20 novembre 2022 au 5 mars 2023 – Vernissage samedi 19 novembre à17h

Spectrographies : contes de l’île étoilée. Vernissage samedi 19 novembre, 14h30

Caroline Monnet (Anichinabée-Française) utilise les arts visuels et médiatiques pour aborder des idées complexes sur l’identité autochtone et la pluralité culturelle. Pour son exposition monographique au Centre International d’Art et du Paysage (CIAPV), l’artiste montréalaise présente des installations, des sculptures et des films en dialogue avec le site et les questions plus larges de territoire. S’inspirant du cadre insulaire de Vassivière, certaines œuvres évoquent l’eau, d’une sculpture monumentale d’un icosaèdre à des représentations plus fluides qui parlent du mouvement, de la lumière et du pouvoir de transformation de l’eau. En juxtaposant des géométries anichinabées, occidentales et naturelles, Caroline Monnet propose des futurs autochtones fondés sur la résilience, la progression et l’allégresse.

Caroline Monnet a développé un vocabulaire esthétique distinct qui inscrit des motifs et des pratiques culturelles traditionnels anichinabés dans des formes contemporaines. Travaillant avec des matériaux de construction de base, tels que des pare-vapeur, de la mousse isolante et du contreplaqué, l’artiste transforme des éléments bruts de l’environnement bâti en un langage architectural imprégné d’identité autochtone. 

Dans Ancrer l’invisible, une série de sculptures modulaires coulées qui évoquent des parpaings sont disposées comme une construction en cours. Ici, l’omniprésence et la rugosité des unités de maçonnerie en béton sont transformées par l’application de motifs géométriques anichinabés qui forment les espaces négatifs des blocs. Assemblés dans diverses configurations, les blocs créent des structures géométriques plus grandes à travers la pièce, suggérant un espace riche en potentiel d’activation et de participation. La création de volumes architecturaux ou sculpturaux dans l’espace s’apparente, pour l’artiste, à l’imposition d’une présence : une prise de possession de l’espace qui affirme la place longtemps niée des peuples autochtones dans le tissu social.

Le vocabulaire géométrique de Caroline Monnet prend un volume tridimensionnel avec une sculpture monumentale d’un icosaèdre. Cette forme à vingt côtés est l’un des cinq solides de Platon, des polyèdres réguliers nommés d’après le philosophe grec, qui associait quatre d’entre eux aux éléments terre, air, eau et feu, et considérait qu’ils constituaient toute la matière de l’univers. Le cinquième polyèdre régulier, le dodécaèdre, était associé au cosmos. Pris ensemble, les solides de Platon étaient considérés comme formant une théorie complète de l’univers.

L’icosaèdre de Caroline Monnet est fait de sapin de Douglas, une espèce non indigène qui est largement plantée dans la région pour le bois d’œuvre. Par son matériau, la sculpture évoque l’extraction contemporaine des ressources et l’industrialisation des forêts, qui agissent, à la manière de la conception classique des solides de Platon, comme des éléments structurants de la région environnante.

Dans une autre exploration des volumes géométriques, deux polyèdres sont formés par de multiples cordes de chanvre qui traversent l’espace d’exposition et se rejoignent à leur sommet. Fixées par des nœuds marins, les cordes reprennent et développent la forme carrée d’une fenêtre qui donne sur le lac de Vassivière et le barrage hydroélectrique qui en est le point d’origine.

L’installation de Caroline Monnet s’inspire en partie de la géométrie d’un attrape-rêves traditionnel algonquin. Suspendue près du berceau d’un enfant, cette forme circulaire est tissée comme un filet ou une toile qui emprisonne les mauvais rêves et les mauvais esprits tout en laissant passer les bons. Ici, la partie plate de l’attrape-rêves est extrapolée vers l’extérieur en deux pyramides, comme s’il recevait et transmettait. Maintenues en tension dans l’espace, les pyramides semblent vibrer et résonner vers l’extérieur. Les formes géométriques pures qui en résultent encadrent et concentrent notre perspective, créant une série de lignes qui convergent autour de la fenêtre, du paysage et de l’horizon au-delà.

La géométrie a souvent été utilisée comme un instrument pour délimiter un paysage et ainsi le connaître, le posséder et le dominer. Cette relation au monde naturel va à l’encontre de la philosophie anichinabée, dans laquelle les humains ne sont pas propriétaires de la terre mais sont considérés comme lui appartenant. Dans les œuvres de Caroline Monnet, la géométrie devient un outil générateur plutôt que réducteur, qui peut façonner la forme et l’espace, ainsi que nos perceptions de ces derniers. Avec l’introduction de motifs anichinabés, l’artiste propose un réenchantement de la géométrie, autrefois considérée comme le générateur sacré de toutes choses, conférant ainsi au paysage et à notre relation avec lui des liens avec un monde plus qu’humain.

Commissaire de l’exposition : Alexandra McIntosh.

Spectrographies : contes de l’île étoilée

Samedi 19 novembre, 14h30

Denetem Touam Bona, Hugo Rousselin, Daniely Francisque, Florence Boyer & Amandine Etelage, Myriam Mihindou & Annie-Flore Batchiellilys, avec Les Écorcés

Spectrographies : contes de l’île étoilée est un parcours réunissant trois nouvelles créations dans le Bois de sculptures. Conçu par Dénètem Touam Bona comme une commémoration des luttes des colonisé.e.s, ce triptyque invite à plonger dans le Temps du rêve, à la rencontre d’esprits de la Caraïbe, d’Afrique équatoriale et de l’océan Indien venus réenchanter l’île de Vassivière aux côtés d’esprits indociles et païens du Limousin.

Trois « cosmogrammes » – des artefacts métalliques évoquant les mondes alternatifs des différents esprits – joueront le rôle de sas spatio-temporels : l’activation via votre smartphone de QR codes inscrits sur ces oeuvres donnera accès à des « visions spectrales » ; des performances filmées en réalité virtuelle (VR) mêlant ritualité, danse, musique et chant.

Production : Centre International d’Art et du Paysage

Un parcours filmique imaginé par Dénétèm Touam Bona

Réalisation : Hugo Rousselin

Trois performances tournées en réalité virtuelle : 

Ladjablès, Daniély Francisque 

Ravaz… an zétwal véli, Florence Boyer & Amandine Ételage, 

Ganzi, Myriam Mihindou & Annie-Flore Batchiellilys

avec les Écorcés – Carole Chausset & Samuel Ayoun

Créations sonores : Thomas Tilly

Artefacts métalliques : Nathalia Cimia

Masque Anansi pour casque VR : Carole Chausset

Centre international d’art du paysage Île de Vassivière, 87120 Beaumont-du-Lac Tél : 5 55 69 27 27

mardi-dimanche : 14h-18h et sur rendez-vous.

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