Pauline Curnier Jardin & Diana Policarpo – Sète

Pauline Curnier Jardin & Diana Policarpo
Du 2 juillet 2022 au 8 janvier 2023 – Vernissage vendredi 1 juillet à partir de 18h30
Pauline Curnier Jardin Pour la peau de Jessica Rabbit
Plasticienne, cinéaste et performeuse, Pauline Curnier Jardin (née en 1980 à Marseille), puise dans un vaste répertoire de références allant de la mythologie gréco-romaine aux contes populaires, de diverses pratiques religieuses aux rituels païens.
Ses films et installations, qu’elle conçoit souvent comme des scènes de théâtre, renvoient à des espaces de jeu, de divertissement populaire, tels que le cirque, le cabaret, le carnaval ou la fête foraine, autant de mondes où toutes les identités, les travestissements et les renversements sont permis. Dans une sorte d’ethnologie sauvage et organique, Pauline Curnier Jardin documente divers rituels : processions, pèlerinages, fêtes votives…
Son vocabulaire relève autant du conte et de la féérie que du film d’horreur ou de la série Z, tout en étant peuplé de personnages étranges, à la fois grotesques et hors catégorie, ou encore de figures en marge, qui arpentent les lisières des villes comme celles de la norme sociale et du genre.
Les personnages historiques ou mythologiques au centre de certains films (Sainte Agathe, Bernadette Soubirous) sont revisités pour devenir des figures qui défient les idées reçues et les stéréotypes tout en exposant le spectateur à des états limites qui font dérailler notre appréhension de la norme et du bon goût.
L’exposition au Crac Occitanie est l’occasion d’une plongée totale dans l’univers plastique et filmique de Pauline Curnier Jardin. C’est la première exposition de cette ampleur dédiée à l’artiste en France.
Plusieurs installations sont construites sur mesure pour les espaces du Crac et permettent de découvrir des films, des dessins et des images au sein d’une arène romaine reconstituée, à l’intérieur d’un placenta géant, dans un diorama archéologique, ou encore en passant à travers les jambes d’une géante…
Le parcours de l’exposition commence avec une installation monumentale intitulée Fat to Ashes, présentée pour la première fois en 2021 au Hamburger Bahnhof (Berlin) à la suite de l’obtention du Preis der Nationalgalerie.
Le Crac présente la seconde occurrence de cette installation. Une reconstitution d’arène romaine sert à la fois de décor sculptural et de dispositif cinématographique dans lequel le film du même nom Fat to Ashes est présenté. Littéralement « du gras aux cendres » ce titre renvoie au mardi gras et au mercredi des cendres, soit le passage vers le début du jeûne et de l’abstinence dans le calendrier chrétien. Par opposition aux cendres, le mardi gras est un jour de dépense et de défoulement collectif marqué par le carnaval.
Diana Policarpo Les filets d’hyphes
Les filets d’hyphes (Nets of Hyphae) entrelacent plusieurs récits et représentations liés à l’usage, en bordure de la médecine moderne, des plantes, champignons et bactéries par les femmes et minorités, comme une forme de savoir et de technologie alternative donnant accès à son propre corps.
Avec un ensemble de vidéos, pièces sonores et sérigraphies sur tissu, Diana Policarpo explore ainsi l’histoire du Claviceps purpurea, plus connu sous le nom d’ergot de seigle, champignon parasitant les graminées qui serait à l’origine au Moyen Âge de la maladie du feu de Saint Antoine – l’ingestion de ce champignon présent dans le seigle utilisé pour fabriquer le pain provoquant des sensations de brûlures et des hallucinations.
L’ergot de seigle était traditionnellement utilisé à faibles doses par les femmes pour faciliter les accouchements, les avortements ou pour traiter les saignements post-partum. Ce savoir curatif pratiqué par les guérisseuses et les sages-femmes a été largement effacé par les récits hégémoniques produits par la science moderne, laissant place notamment à la médecine obstétrique comme outil patriarcal de contrôle et de reproduction des corps. La découverte du LSD dans les années 1930 par Albert Hoffman et la synthèse de l’ergot en laboratoire ont terminé d’invisibiliser une toute autre épistémologie, l’histoire orale des procédés de transformation et d’alchimie de ce parasite mais aussi des relations inter-espèces que tentent de retrouver et de réactiver des activistes féministes dans des ateliers artisanaux dédiés au hacking de genre ou à l’autogynécologie.
L’exposition Les filets d’hyphes (Nets of Hyphae) de Diana Policarpo est une extension – un parasite (!) – au Crac Occitanie de Minuit (Meia-Noite), 4ème édition de la Biennale de Coimbra 2021-2022, dans le cadre de la saison France-Portugal. Pour construire cette biennale, les commissaires invitées Filipa Oliveira et Elfi Turpin se sont inspirées d’une colonie de chauves-souris vivant dans la bibliothèque Joanina à Coimbra. Cette bibliothèque du 18ème siècle – trésor de l’Université de Coimbra – a été édifiée comme un geste impérialiste visant à encapsuler le savoir européen et à soutenir le projet colonial. Cette forteresse du savoir (et du pouvoir) est également le refuge d’une petite colonie d’animaux nocturnes : des chauves-souris, qui ont trouvé dans les conditions écologiques de la bibliothèque l’endroit idéal pour leur habitat. Les insectes et les vers qui vivent dans les 55 000 livres nourrissent ces dernières, tandis que le silence nocturne leur offre une liberté illimitée. La nuit est donc le moment où elles sortent de leur cachette et commencent à travailler, chassant les insectes bibliophages et protégeant les ouvrages d’une lente destruction.
C’est dans cette écologie de pensée que se situe cette biennale et ses « parasites », à travers des expositions et des actions qui envisagent la nuit comme un territoire d’investigation, un espace de fluidité, un espace métaphysique, un lieu ouvert à d’autres possibilités de vision, de connaissance, d’interaction, ouvert à d’autres corps.
Elfi Turpin et Filipa Oliveira
CRAC à Sète Languedoc-Roussillon 26, Quai Aspirant Herber 34200 SÈTE . Tél : 04 67 74 94 37.