Myriam Richard et Claude Batho « Travaux des champs »- Lectoure

Claude Batho et Myriam Richard "Travaux des champs"- Lectoure

Myriam Richard et Claude Batho « Travaux des champs »

Du 18 février au 8 mai 202 – Vernissage vendredi 18 février à 18h

Le Centre d’art et de photographie de Lectoure consacre son exposition de printemps 2022 à deux femmes photographes, Claude Batho, figure majeure de la scène photographique française des années 60 – 70, disparue prématurément (1935 – 1981) et Myriam Richard, installée dans le Gers depuis 2016.

Chacune d’elle porte une attention à la chose commune, à l’ordinaire des jours, à la vie quotidienne et aux réalités pratiques. à la façon du journal intime, elles captent inlassablement leur univers immédiat, le cadre de vie familial, domestique, les êtres qui leur sont chers, les choses apparemment insignifiantes et terre-à-terre, les objets de leur environnement proche.

Du singulier à l’universel, une manière d’empoigner intimement l’essentiel de la vie, ce présent singulier, de l’intensifier, de le transfigurer pour l’ouvrir à l’autre. Une écriture photographique infusée aux ressentis, nécessaire et saisissante qui s’exprime à l’argentique noir et blanc chez Claude Batho, en couleur à travers l’intense picturalité du tirage Fresson chez Myriam Richard.

Au rez-de-chaussée de la Maison de Saint-Louis est présentée l’exposition Visages et paysages d’en Haut*, à partir d’une sélection de photographies inédites prises dans le village d’Héry, sur les hauteurs de la commune d’Ugine en Savoie. Entre 1956 et 1981, Claude Batho séjournera à Héry chaque année et produira des milliers d’images qui relatent la vie d’une petite communauté de paysans : pratiques quotidiennes de femmes et d’hommes dans leur relation à la montagne.

Au premier étage, Travaux des champs** est un projet au long cour de Myriam Richard qui montre dans leur quotidien des familles qui entretiennent, cultivent champs, vergers, potagers. Des communautés qu’elle suit depuis 2019 dans tout le département du Gers, qui résistent et continuent à vivre du travail de la terre en conservant un patrimoine et un savoir-faire. Le projet de Myriam Richard est né d’une visite au musée paysan de Simorre, fondé par Jean-Émile Castex paysan et artiste, illustrateur des travaux des champs et des activités familiales des paysans de Gascogne dont on retrouvera les dessins dans l’exposition de Myriam Richard.

À propos de Travaux des champs
Un texte de Myriam Richard

« Marcher prudemment à travers ces champs. Libellules et papillons volent à l’étourdi. Les abeilles bourdonnent d’un arbre en fleur à l’autre. Faites une trouée dans les feuillages et vous verrez des insectes, araignées, grenouilles, lézards et beaucoup d’autres petits animaux s’activant dans l’ombre fraîche. Taupes et vers de terre fouissent sous la surface. » Masanobu Fukuoka

Introduction
Je réside depuis cinq ans dans le Gers au pied d’un village de plus de 500 habitants. J’ai choisi de quitter le flux des grandes métropoles et ses problématiques, pour retrouver l’ordinaire des jours. Le jardin serait même un objet de choix pour qui voudrait penser l’ordinaire des travaux et des jours1. Je suis donc partie avec ma famille m’installer à la campagne pour éprouver le passage des saisons, cultiver mon potager, planter de la vigne et des arbres fruitiers et retrouver une manière de vivre plus près de la nature. Un coup de vent dans les feuilles, le cri du hibou, les plantes guérisseuses, l’apparition du chevreuil, la brume matinale, le goût de la tomate, les escargots et les limaces, font partie aujourd’hui de mon quotidien.

C’est aussi une source d’inspiration sur laquelle mon travail s’organise. Nous sommes arrivés aujourd’hui à la disparition de certaines espèces causée par l’emballement d’un progrès tape-à-l’œil, d’une situation complexe, incertaine et inattendue. Sensible à l’écocide, je photographie et puise ma réflexion sur le mode des ressources et de l’environnement. Je trouve ma matière dans la vie de ceux qui m’entourent, je vis dans ce lieu où le travail est consacré en partie à la terre, et je souhaite continuer de créer dans un désir de témoigner de la vie rurale et familiale.

En contact étroit avec la nature, de ce travail incessant de reconstruction, de rapiècement, l’exercice du champ toujours en mouvement, convoque le temps. Le temps des activités et de repos, le temps qu’il a fait ou fera. Le temps accordé à la lune et le temps de semer venu, celui de planter et de récolter. Ce travail de subsistance régi par les cycles de la végétation, conditionne la mise en forme du potager, du champ, de la parcelle, mène à recommencer, incite à l’action, à la répétition. Pour cultiver une terre à la sueur de son front, l’aménager, la faire vivre et fructifier, il faut s’en occuper, la préparer, se courber, touche après touche, avec force et patience.

Le travail est dur, mais régulier. Calme, jour après jour, on creuse, on laboure, on élague, on arrose pour la récompense du blé et des fruits de l’été. Et ça recommence tranquillement, sans hâte ni angoisse ni affolement, et chaque année ressemble à la précédente et c’est comme si on vivait éternellement2.

Mon projet est né lors d’une visite au Musée paysan d’Émile situé à Simorre dans le Gers. Jean-Émile Castex, fondateur du musée, illustrateur des travaux des champs et des activités familiales des paysans de Gascogne, raconte à travers des chroniques, des dessins, des poèmes et des souvenirs, la vie à la campagne jusqu’en 1960. Il est décrit les principaux thèmes qui régissent nos vies, le nécessaire quotidien, une proximité inespérée d’un monde ancien toujours présent. En phase avec mon histoire et celle de mes ancêtres, je décidais de porter un regard sur des traditions et des pratiques venues de la terre et de ceux qui œuvrent à s’y inscrire.

Partie I
En 2018, et avec le soutien du Centre d’art et de photographie de Lectoure, j’ai entamé mon projet personnel sur le monde paysan et les travaux des champs. J’ai commencé à photographier mes voisins ; Marc, Lotti et leurs deux filles, qui vivent en autarcie depuis plus de vingt ans dans leur ferme du Bois-Bédat. Repliés sur leur terre, ils font tout à la main et cultivent des plantes aromatiques, sauvages et médicinales, prennent soin de leurs animaux et s’occupent de leur potager. Leur jardin de bouche, une sorte d’extension à leur maison, où l’on trouve toutes sortes de plantes, d’animaux et de fruits, nourrit leur famille tout au long de l’année. Centrés sur ce que la nature leur offre au fil des saisons et occupés à faire pousser les bons légumes au bon moment, je les ai photographiés dans leur activité.

Entre 2019 et 2020 parallèlement à mon projet personnel, le Centre d’art et de photographie de Lectoure me proposait de mener une résidence d’actions culturelles à Condom dans le Gers. C’est sur le territoire de la Ténarèze que j’ai engagé des ateliers et des événements à partir de récits oraux des contes de Gascogne. Les enfants des écoles ont mis au goût du jour un regard sur des traditions populaires venus de fond des temps, ils ont interprété et photographié à tour de rôle : L’homme aux dents rouges, La belle endormie, Le cœur mangé, Le géant et l’enfant, La montagne verte, La flèche brisée, Pipette, Les deux jumeaux, La robe regrettée.

« C’est dans la structure même du jardin ordinaire que l’on trouve des éléments du conte merveilleux : le temps qu’il fait, le temps qui passe, l’occasion, les saisons, la nature du terrain sont des acteurs qui travaillent à mener le processus du conte. »

À ce jour, plusieurs tirages Fresson ont été réalisés avec le soutien des Chemins d’art en Armagnac basés à Condom et du Centre d’art et de photographie de Lectoure.

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Centre d’art et photographie, Maison de Saint-Louis, 8 Cours Gambetta 32700 Lectoure – Tél : 05 62 68 83 72

du mercredi à dimanche, de 14h à 18h