Le printemps de septembre 2018 | L’Adresse du Printemps Toulouse

Fracas et Frêles Bruits Le printemps de septembre 2018

Du 21 septembre au 21 octobre 2018  – Ouverture officielle vendredi 21 septembre à 18h30

Programme complet en ligne

https://www.printempsdeseptembre.com/fr

Le Printemps de Septembre investit tous les deux ans près de 25 lieux partenaires à Toulouse, dans son agglomération et dans la région Occitanie. Son édition Fracas et Frêles Bruits réunit les œuvres de près de 80 artistes internationaux, dont un grand nombre seront produites spécifiquement pour leurs lieux de présentation.

Cherchant sous quel titre générique nous pourrions placer les expositions, concerts, projections et performances du prochain Printemps de septembre, les mots de bruit et de fureur revenaient en boucle, portés par la fameuse formule de Shakespeare. Non pas que notre festival se fût donné pour tâche d’illustrer le thème de la violence du monde, mais il était évident que plusieurs oeuvres qui l’emblématiseront en 2018 étaient portées par la volonté Couvent des Jacobins  Bruno Gironcoli, Cavalcade, sculptures et dessins 1963-2001, cycle l’Éternel détour - séquence été 2012 : 6 juin-16 septembre 2012 Photo Ilmari Kalkkinen © MAMCO, Genèvede se placer au coeur des conflits et des tensions de l’histoire. Les artistes contemporains sont désormais nombreux à en avoir fait le principe de leur travail.

La question coloniale, Lisa Reihana et Vincent Meessen l’affrontent lucidement (l’une au Théâtre Garonne et l’autre au musée Saint-Raymond), ses conséquences sont traitées par Tracey Moffatt (également au Garonne) et, plus lointainement, par Laurent Mareschal (à l’Hôtel-Dieu). Les oeuvres d’Alexander Kluge (au Goethe Institut et en divers autres lieux) et d’Ange Leccia (à la Maison Salvan de Labège) sont hantées par la guerre. La domination ne s’impose jamais sans fracas. Et dans cette assourdissante insistance de l’histoire, que peut l’art avec la fragilité de ses multiples formes ? Sa condition demeure d’opposer ses frêles bruits qui sont la musique de la résistance.
 Hôtel-Dieu Laurent Mareschal Ici ailleursEn ouverture du quatrième et dernier volume de son entreprise autobiographique intitulée La Règle du jeu, Michel Leiris décrivait en 1976 ce Frêle Bruit comme un « archipel », une « constellation » ou une « mosaïque », en tout cas un « assemblage ». Autant de métaphores qui dénotent très bien ce qu’est notre festival. Comme la structure fragmentaire du livre de Leiris, celle du Printemps de septembre dit clairement le refus ou l’impossibilité d’une vision unifiée. La situation de l’art contemporain dans le monde polycentré de la globalisation suggère l’image d’archipel d’archipels tant la coexistence éparse des paradigmes y défie toute lecture totalisante, sauf à adopter le peigne dogmatique des idéologies.
C’est ainsi qu’à l’échelle de Toulouse (mais aussi à Colomiers, à Cugnaux et à Labège) et avec des prolongements dans la région Occitanie (Grisolles et Saint-Gaudens), le Printemps de septembre présente plus de vingt-cinq expositions d’oeuvres créées pour la circonstance ou inédites en France ainsi que des concerts, des performances et le retour de sa fameuse Radio du bout de la nuit, animée et mise en scène cette année par Alain Bublex avec *DUUU – radio.
L’auto-réflexivité de l’exposition muséale et sa critique institutionnelle qui formaient une grande séquence du précédent festival se retrouvent avec l’exposition de Nina Childress au musée Paul-Dupuy où elle déploie son regard sur l’histoire des femmes dans la peinture à partir d’une sélection de 41 oeuvres de 1501 à 1925 puisées dans les collections du musée des Augustins auxquelles elle mêle 31 de ses propres peintures.
À l’humour caustique de Nina Childress font écho les expositions de Bruno Gironcoli (au réfectoire des Jacobins), d’Hippolyte Hentgen (au Château-d’Eau), de Marie Losier (à BBB) et de Virginie Loze (au musée Paul Dupuy), mais aussi bien l’exposition commune de Sylvie Auvray, Florent Dubois et Amandine Meyer (Grottesques, au Pavillon blanc de Colomiers) ou le match de catch de Cassandro El Exótico à la Cartoucherie – autant de témoignages des redoutables ruses du burlesque contemporain.
Les formes de l’image en mouvement « après le cinéma » sont notamment illustrées par l’installation de Gerard Byrne et Sven Anderson à la Fondation Espace Écureuil, par la grande exposition de David Claerbout aux Abattoirs, par les nouvelles vidéos d’Ange Leccia ou encore par les petits films créés par Alexandre Kluge pour le festival, comme par le nouveau film de Philippe Decrauzat sonorisé en direct par Will Guthrie.

L’écho des luttes actuelles retentit dans les photographies de Barbara Barberis sur l’usine occupée RiMaflow à Milan (Espace Saint-Cyprien), dans la rétrospective Jacqueline de Jong aux Abattoirs ou dans l’hommage rendu à Bert Theis à travers la recréation de sa célèbre Plate-forme philosophique (Münster, 1997), véritable sommet historique de l’esthétique relationnelle.
La sensibilité élégiaque à l’entropie urbaine imprègne les oeuvres inspirées par le quartier Bellefontaine commandées à Yvan Salomone et les paysages ferroviaires de la banlieue parisienne arpentée par Michel Perot (à CIAM La Fabrique).
Le souci de l’expérience sensible des mal-voyants et mal-entendants se manifeste dans les sculptures musicales et les performances de Tarek Atoui, et les vidéos de Camille Llobet à Cugnaux ou le film de Javier Téllez (dans la Nuit des cours). Dessins, peintures, performances sonores, Élodie Lesourd et Laurent Proux se partagent le Lieu-Commun ; Latifa Echakhch s’installe à la Chapelle Saint-Jacques de Saint-Gaudens ; Stéphane Dafflon a conçu un plafond coloré pour le parvis de l’immeuble Riverside le long du canal du Midi.
L’enquête sur l’oeuvre tutélaire et toujours énigmatique de Marcel Duchamp rebondit dans l’installation d’Anne Deguelle à Grisolles, en forme d’hommage à cette figure indécrochable du canon moderne.
Les expositions collectives imaginées par Jill Gasparina à l’isdaT, par Marc Bembekoff et Garance Chabert à la Carrosserie Sérignac, et par Arnaud Fourrier au Pavillon blanc à Colomiers contribuent à la généalogie des formes et de la sensibilité contemporaines.
Enfin les Jacobins accueillent dans leur sublime et singulière église une création de Sarkis, Mesure de la lumière. Fracas et Frêles Bruits font ainsi entendre et voir la coexistence des formes et des pratiques les plus diverses dans l’art d’aujourd’hui – y inclus les concerts, les performances et autres événements ponctuels imaginés par Anne-Laure Belloc
– comme autant de tentatives de dire et de penser le monde et ce que l’art peut y ajouter sans l’encombrer ni le perdre.

Christian Bernard
Directeur

L’Adresse du Printemps de septembre, 2, quai de la Daurade 31000 Toulouse Tél : 05 61 14 23 51

Du mercredi au samedi de 12h à 18h,

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