« La sagesse des lianes » Dénètem Touam Bona – Île de Vassivière

"La sagesse des lianes" Dénètem Touam Bona - Île de Vassivière

« La sagesse des lianes » Dénètem Touam Bona

Jusqu’au 9 janvier 2022

une exposition imaginée par Dénètem Touam Bona, philosophe et dramaturgephilosophe dramaturge

Face à la montée du cyber-contrôle et à la dévastation en cours, où donc s’échapper aujourd’hui ?

Dénètem Touam Bona nous invite au « marronnage » (arts de l’esquive des esclavagisé.e.s), à « sécréter » des refuges par un usage subversif des corps et des territoires. Chacun.e des artistes invité.e.s proposera une variation autour du « lyannaj » (du créole « lyan ») : des pratiques d’alliance et d’improvisation réactivant les mémoires et puissances de réexistence des mondes afro-diasporiques. La sagesse des lianes ne peut être que « cosmo-poétique » : sans tronc, leur échappée vers les cieux n’est possible que parce qu’elles comptent sur les autres, que parce qu’elles se mêlent aux autres, tout en les entremêlant. C’est ainsi qu’elles trament, furtivement, des cosmos inouïs.

Si j’ai choisi la liane comme plante-totem de cette exposition collective, ce n’est pas seulement pour jouer avec un certain imaginaire colonial ou m’extasier sur les propriétés botaniques de ces végétaux filiformes, mais d’abord pour rendre hommage au lyannaj (du créole « lyan », « liane ») des archipels de Martinique et de Guadeloupe : des pratiques d’alliance et de résistance représentatives de l’expérience historique du marronnage – les arts de la fugue des esclavagisé.e.s (résistances furtives et créations culturelles). La sagesse des lianes est savoir des liens qui délient. Pour les colonisé.e.s (et les subalternes en général), l’écologie n’a de sens qu’en tant qu’écologie de libération, et se confond avec le mouvement même de réexistence. La liane, ici, désigne donc moins un être – une identité – qu’une certaine façon pour une pulsation végétale d’explorer et de dérouler un territoire au fil de son avancée, en y traçant des voies inédites, et en assurant la correspondance entre une multitude de strates et d’habitants de la forêt. Comme l’ont écrit des écrivains créoles tels qu’Édouard Glissant, « la dynamique du lyannaj est d’allier et de rallier, de lier, relier et relayer tout ce qui se trouve désolidarisé ». C’est cette pulsation qui nous meut, collectivement (20 artistes de régions aussi diverses que Madagascar, la Guyane ou la Centrafrique), dans la réalisation de ce « multivers » : un cosmos poétique où des mondes afro-diasporiques entrent en résonance avec les braises encore rougeoyantes d’une Europe païenne et indocile.

Dénètem Touam Bona

Commissariat : Dénètem Touam Bona

Avec Carlos Adaoudé, Jack Beng-Thi, Carole Chausset, Florans Féliks, Hawad, Véronique Kanor, Nicola Lo Calzo en collaboration avec Hugo Rousselin, Myriam Mihindou, Migline Paroumanou, Nicolas Pirus, Raharimanana, Sylvie Séma, Shivay La Multiple & Eddy Ekete, The School of Mutants (Hamedine Kane, Stéphane Verlet-Bottéro, Valérie Osouf, Boris Raux, Nathalie Muchamad), Camille Varenne & Galadio Gaboré

Centre international d’art du paysage Île de Vassivière, 87120 Beaumont-du-Lac Tél : 5 55 69 27 27

mardi-dimanche : 14h-18h et sur rendez-vous.