François Dilasser « Le bruit de nos vies » – Eymoutiers

François Dilasser "Le bruit de nos vies" Sans titre - 1974 Acrylique sur toile, 54 x 65 cm Photo Didier Olivr

François Dilasser « Le bruit de nos vies »

Du 5 juin au 13 novembre 2022

Cette année, nous accueillons les oeuvres de François DILASSER (1926-2012) peintre autodidacte au parcours singulier, contemporain de Rebeyrolle.

Animé par la peinture et le dessin, ni tout à fait abstrait, ni pleinement figuratif, l’univers de DILASSER est à la fois simple et complexe, peuplé de formes embryonnaires, d’êtres indifférenciés, de créatures inachevées, de nébuleuses spirales, de matières interstellaires, rescapées du chaos originel.

« J’aime quand les formes surgissent au cours du travail. […]

que le coup de pinceau fasse naître une forme que je n’avais pas prévue…

la vie qui se manifeste »

A l’atelier, les choses apparaissent, existent, presque intuitivement, sans savoir où sa main le conduit. Puis la couleur intervient, des couches se superposent…

De la fraîcheur, de la spontanéité et de l’improvisation parfois, se dégage alors une forme de narration dans cette peinture apparemment « sans histoire ».

« Je ne sais pas ce que je cherche, mais parfois je trouve »

En 2013, Tom Laurent écrivait (in Art Absolument HS) : « Dilasser ne laisse pas la couleur simplement rehausser son dessin, il lui faut reconstruire et remettre en jeu l’essentiel, aidé de sa seule intuition, pour mieux en décupler le caractère vivant, quasi-organique. L’ellipse colorée des Planètes, l’inquisition masquée des Régentes, le guet des Veilleurs en noir devant la nudité pâle du papier. L’ensemble des séries dit la vie qui coule entre les doigts et la peinture qui la retient en un corps mouvant, toujours prêt à entamer sa métamorphose ».

Les oeuvres qui sont exposées retracent le parcours d’un artiste méconnu, solitaire parfois, observateur du monde qui l’entoure. De sa nature bretonne et au travers ses séries, Dilasser nous donne à voir toute la poésie de son univers, celle du bruit de nos vies…

Formé par l’observation d’artistes qui l’ont marqué, Bissière, Paul Klee, Picasso, Rembrandt ou encore Philip Guston, et par une pratique régulière du dessin depuis l’enfance, François Dilasser décide de se consacrer pleinement à son art à partir de 1970. Ses travaux sont alors caractérisés par l’organisation de formes dans l’espace du tableau, un espace tantôt clos sur lui-même tantôt ouvert, oscillant entre la géométrie et une perspective plus classique.

Ces formes, selon l’artiste, adviennent, ne résultant pas d’une recherche particulière : « J’aime quand les formes surgissent au cours du travail. […] que le coup de pinceau fasse naître une forme que je n’avais pas prévue… la vie qui se manifeste. »

Je regarde la mer, son va-et-vient, la mer qui

recouvre tout puis se retire. Les rochers…

L’horizon qui coupe la vue, qui fait se rejoindre

le ciel et la mer. Cette ligne d’horizon me paraît

toujours mystérieuse : que cache-t-elle ? Qu’est-ce

qui pourrait surgir ?

extrait de Chez François Dilasser, entretien avec Charles Juliet Édition L’Échoppe, 1999

L’oeuvre de François Dilasser, comme sa pensée, se meut dans un univers de formes en permanente mutation. C’est un art de transmutations. Tout s’y forme et s’y transforme : des jardins s’y métamorphosent en planètes ; des têtes, en se couchant, se font rochers ou enclos ; les figures y deviennent paysages… Autant que les formes, le sens même se transforme ou plutôt se retourne ; le temps de Dilasser étant cyclique plus que linéaire. Son art échappe ainsi à toute lecture univoque.
(…)

Olivier Delavallade, commissaire de l’exposition – extrait du catalogue –

Repères biographiques par Antoinette Dilasser


François Dilasser est né le 5 mars 1926 à Lesneven – où il a passé sa vie. « Il peint, depuis l’enfance, sans avoir suivi les filières de formation classiques”. C’est en ces termes discrets qu’il a concédés, au fil des catalogues, une ébauche de biographie qu’il ne souhaitait pas plus fournie. Pourquoi tant de réserve ? il a toujours pensé que les faits et dates n’avaient pas d’importance, que cela relevait de l’intimité.

Les vrais évènements sont ceux de la peinture, comment et quand débarque-t-elle dans sa vie, comment l’a-t-elle marquée, les dates et faits sont ceux-là.

Enfance. François est le cinquième enfant d’une fratrie de six, trois garçons et trois filles. Le père, François aussi, est marchand de vin ( comme fut Dubuffet, comme fut Manessier ).

Le grand’père, Jean, était tonnelier. Cette ascendance a marqué le jeune Dilasser : le vin, pour lui, faisait partie d’une culture “vivante” dont il était fier. Autre culture qui le marque de son empreinte, le scoutisme : il finit le parcours, routier.

Années de guerre. Il a treize ans en 39, 18 à la Libération.“Il y a … pour moi une part de mystère dans mon besoin de peindre. Je ne sais pas tout, et est-ce que je veux vraiment le savoir ? Tout ne s’explique pas rationnellement…

Ce que j’ai vécu enfant a été important”. Les frères et soeurs ont tous manifesté un goût très vif pour la musique ou la peinture. Maurice, un des aînés, a certes guidé François dans sa vocation de peintre : il détenait une abondante bibliothèque dont les reproductions, en cette époque de pénurie que fut l’occupation, ont orienté sa formation.

Espace Paul Rebeyrolle, route de Nedde, 87120 Eymoutiers Téléphone +33 (0)5 55 69 58 88

Ouvert tous les jours : 10 h à 19 h jusqu’au 31 août |10 h à 18 h à partir du 1er septembre

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