Exposition “Nourrir le corps nourrit l’esprit” – Meymac

Exposition "Nourrir le corps nourrit l’esprit" - Meymac

Nourrir le corps nourrit l’esprit

visible jusqu’au 20 juin 2021

Depuis le 3 avril sur rendez-vous, nous vous proposons l’exposition de printemps Nourrir le corps nourrit l’esprit.

LES ARTISTES

Avec les oeuvres de : Pilar Albarracìn, Aranthell, Damien Berthier, Liu Bolin, Louise Bossut, Nicolas Boulard, Mireille Blanc, Thomas Broomé, Patrice Carré, Jeanne Chopy & Robin Tornambe, Claude Closky, Clément Collet-Billon, Claire Dantzer, Denis Darzacq, Arnaud Dezoteux, Sandra Foltz, Ana González Sola, Elsa Guillaume, Joseph Grigely, Marie Hamel, Hesse Romier, Clémence Joly, Jan Kopp, Enora Lalet, Joachim Lapôtre, Marc Lathuillière, Thomas Lévy-Lasne , Pablo Lobato, Charlie Malgat, Aurélie Mathigot, Chloé Mazlo & Bérengère Henin, Mathieu Mercier, Yao Metsoko, Lucy + Jorge Orta, Rostand Pokam, Pôle-Fromage, Babeth Rambault, Olivier Richon, Gregg Segal Photography, Fabien Souche, Stéphane Soulié, Jeanne Susplugas.

L’une des caractéristiques de l’homme est de transformer l’acte de se nourrir en un moment vital mais risqué, un moment de plaisir. Celui d’abord de manger à satiété, d’étancher sa fringale. Selon les circonstances, ce temps est parfois solitaire mais il est le plus souvent collectif. Le groupe (restreint ou élargi) s’y retrouve dans l’émotion du partage, le besoin d’être ensemble.

« Fait social total » écrit Marcel Mauss, il rassemble le groupe et participe à la distinction du mangeur selon son comportement (le coup de fourchette, l’appétit, signes de tempéraments). Ce temps fort de la vie collective est le produit d’une chaine de coopérations, depuis la collecte de la nourriture en amont, la préparation des aliments selon des processus segmentés jusqu’à sa mise à la disposition des convives. Paul Gauguin parlant de ce temps de partage, écrivait : « Cuisiner suppose une tête légère, un esprit généreux et un coeur large ». Un proverbe précise « La table est l’entremetteuse de l’amitié ». Il débouche sur une mise en scène des victuailles où la famille se retrouve apaisée. « Après un bon diner, on n’en veut plus à personne, même à sa propre famille » écrit Oscar Wilde.

L’acte de se nourrir ne se réduit donc pas au simple fait de manger. Sa nécessité a construit peu à peu le foyer civilisationnel où s’élaborent les goûts et les pratiques qui solidarisent le groupe et l’ouvrent à d’autres. « À celui qui frappe à la porte, on ne demande pas : qui es-tu ? On lui dit assieds-toi et dîne » recommande un proverbe sibérien ; ce qui correspond chez nous à « garder la part du pauvre ».

Le corps recharge ses batteries vidées par l’effort comme le réservoir d’une voiture fait le plein d’essence après un long parcours. La mastication produit une détente du corps et de l’esprit, dégage sucs, effluves et autres sensations sensorielles de texture. Le corps les enregistre comme autant de signaux positifs, complémentés par des impressions visuelles de formes et de couleurs. L’ensemble de ces ressentis induit un plaisir complexe et renouvelable, qui satisfait aux besoins immédiats du corps, mais aussi de l’esprit dont la stratégie en amont se trouve doublement récompensée. Claude Levy Strauss écrit : « Il ne suffit pas qu’un aliment soit bon, encore faut-il qu’il soit bon à penser ».

Ces instants cruciaux autour de la nourriture sont au coeur du processus de civilisation dont ils constituent un des fondements. Ils débouchent in fine sur le dépassement de la fête et/ou sur l’exhibition ostentatoire. Même si la complexité de l’alimentation humaine est aujourd’hui visée par les polémiques sur le gaspillage et ses effets sur l’environnement, la symbolique des aliments participe à la construction des identités individuelles et collectives. Dans un monde qui a faim ou qui est rassasié, la nourriture reste un espace de projection sur lequel l’imagination brode.
Plusieurs de ces niveaux se retrouvent dans l’exposition, moins sur un plan critique assez peu abordé par les artistes (distribution de masse, production industrielle), que sous des formes allégoriques et des débordements créatifs humoristiques ou ironiques, qui s’appuient implicitement sur l’impression d’abondance. Ils développent des univers comestibles à la Dame Tartine : paradisiaques ou esthétiques, jouant sur le rapport paradoxal entre le raffinement de la forme, des textures, des couleurs et la fragilité intrinsèque du support, célébrant la table et la fête. La nourriture devient un champ créatif qui s’élargit au domaine de l’art.
Giuseppe Arcimboldo faisait le portrait des édiles de son époque à l’aide de fruits et de légumes. Les artistes aujourd’hui questionnent la nourriture et ses rites pour portraiturer notre société hyper consommatrice, y compris dans ses ambitions esthétiques.
Commissaire : Jean-Paul Blanchet

 

Abbaye St André  Centre d’art contemporain  Place du Bûcher  19250 Meymac  Tél. : 05 55 95 23 30  

du mardi au dimanche de 14h à 18h