Exposition “Le partage des eaux” Israël ARIÑO | Institut Cervantès – Toulouse

“Le partage des eaux” Israël ARIÑO

Du 12 janvier au 28 février 2018 –  Vernissage jeudi 11 janvier à 18h30

http://toulouse.cervantes.es/fr

“Le partage des eaux" Israël ARIÑO

Israël ARIÑO

Originaire de Barcelone, membre de l’agence VU’ et représenté par la galerie du même nom, Israel Ariño utilise la chambre photographique et la technique du collodion humide. Il enseigne la photographie à l’École des Beaux-Arts de Barcelone et à l’École Grisart, il est aussi éditeur depuis 2013 (Ediciones Anómalas).

Dans le cadre de la Résidence 1+2, programme photographique ancré à Toulouse et à vocation européenne, trois photographes ont confronté leurs regards d’auteurs en 2017. Nous présenterons ici le fruit du travail de résidence d’Israel Ariño : des plaques uniques, au collodion humide, entre Atlantique et Méditerranée.

“Le partage des eaux" Israël ARIÑO

A l’ère de la vitesse et de l’instantané, du numérique et de la course effrénée aux pixels…, on pensait à tout jamais révolue la part de magie propre aux origines de la photographie.

Il faut avoir vu Israel Ariño préparer en chambre noire son émulsion sur verre, laver la plaque avec un mélange de pierre ponce et d’alcool, y verser le collodion ioduré puis la plonger dans un bain de nitrate d’argent, la glisser encore humide dans un châssis spécial placé à l’intérieur de la chambre, se déplacer jusqu’au lieu de prise de vue, l’exposer, puis la développer dans une solution de sulfate de fer, la laver et finir par la fixer à l’hyposulfite de sodium…, pour comprendre que nous sommes là, au-delà des effets d’image, dans une sorte de dispositif gestuel qui constitue déjà en lui-même une performance.

Et le choix de ce procédé par Israel Ariño pour la Résidence 1+2, vient parfaitement coïncider avec son sujet « le partage des eaux ». Tout un subtil jeu de troublantes correspondances poétiques se créait entre l’écoulement de la Garonne, du canal du midi, jusqu’au lac de Saint-Ferréol et les traces d’humidité laissées sur les plaques de verre, émulsion flottante, clapotis de surface, tourbillons des sels d’argent.

De plus, en choisissant sur la ville des points de vue d’une volontaire banalité il ne vient pas nous dire « regardez l’originalité de ma vision de Toulouse » mais plus humblement « voyez comme l’outil que j’utilise regarde Toulouse ». La lourde chambre photographique en bois et les plaques de verre 20x25cm émulsionnées une à une introduisant dans l’acte photographique une forme de tension et de concentration absolue. Chaque image devient alors une sorte d’aventure vécue sur le mode interrogatif, un partage où se mêlent la maîtrise d’une technique ancienne et un abandon au hasard, une prise de vue et la sur-prise du résultat. Quelle « inquiétante étrangeté » va surgir de la silhouette de ces enfants saisis près du Pont Neuf, de cet homme sur son kayak slalomant entre des piquets, de ces péniches mises aux arrêts de l’image, de ces mouvements d’eau sous l’effet du temps de pose… ? Quelles impressions visuelles vont produire ces inversions liées au passage du négatif au positif dans l’ambrotype ?

Autant de seuils perceptifs et subjectifs qui révèlent dans le quotidien d’autres dimensions oniriques, fantasmatiques. Dès lors la distinction entre photographie du réel et photographie mise en scène tombe (à l’eau) pour se rejoindre dans ce qu’André Breton et les surréalistes nommaient « la magique circonstancielle » et Brassaï « le réel rendu fantastique par la vision ».

C’est là le long de cette ligne de partage des eaux, là où se rejoignent Atlantique et Méditerranée, réalité et fiction, qu’Israel Ariño place son dispositif visuel pour nous révéler notre région « non pas pour ce qu’elle est évidemment, mais pour ce qu’elle est d’autre ». Comme pour établir la cartographie d’un patrimoine imaginaire…

Dominique Roux

Instituto Cervantes 31 rue des Chalets – 31000 Toulouse :  05 61 62 48 64 

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