Exposition « Énigme Cousteau » Eléonore Saintagnan – Embrun

"Énigme Cousteau" Eléonore Saintagnan - Les Bêtes sauvages, vidéo HD, 41 mn, 2015 (still frame) © Éléonore Saintagnan et Grégoire Motte

Énigme Cousteau Eléonore Saintagnan

Du 1 juillet au 29 août 2021 – Vernissage jeudi 1 juillet à 18 h

Jacques-Yves Cousteau aurait déclaré, en sep­tem­bre 1971, suite à l’explo­ra­tion du lac de Serre-Ponçon que “Si les gens savaient ce qu’il y a dans le lac, ils arrê­te­raient de s’y bai­gner.” Alors qu’André Laban, l’un de ses bras droits à l’époque, a vite démenti la pré­sence ce jour-là du com­man­dant à bord de la sou­coupe SP 350 de la Calypso et l’obser­va­tion de bêtes ter­ri­fian­tes, l’aver­tis­se­ment semble tou­jours trou­ver quel­ques échos pour être relayé.

Que dit cette anec­dote, deve­nue légende, de la cons­truc­tion de nos ima­gi­nai­res, de nos croyan­ces ? À quelle méca­ni­que du récit par­ti­cipe-t-elle ? Pourquoi la fic­tion vient-elle par­fois panser les plaies, les béan­ces du réel, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on ne voit plus ? En l’occur­rence ici, l’englou­tis­se­ment des com­mu­nes d’Ubaye et de Savines suite à la créa­tion du bar­rage en 1959. L’ancienne vallée agri­cole tra­ver­sée par la ner­veuse et incons­tante Durance abrite ainsi depuis, un lac majes­tueux, trans­for­mant radi­ca­le­ment le pay­sage. Un pay­sage spec­ta­cle d’une nature inven­tée.

La recher­che qu’Éléonore Saintagnan mène avec ses films et ins­tal­la­tions est tra­ver­sée par ces his­toi­res, ces croyan­ces qui vien­nent sonder les rap­ports de co-exis­tence des humains avec tout ce qui les entoure ; la manière dont ils habi­tent le monde aussi et l’inven­tent sans cesse. Il y a les mon­ta­gnes, les riviè­res, le vent, la terre, la mer, les pier­res et tout ce qui est fabri­qué. Avec le temps, les choses se mêlent au point qu’il est par­fois dif­fi­cile de dis­tin­guer ce qui était ini­tia­le­ment là de ce qui ne l’était pas.

Le lac de Serre-Ponçon avec les mon­ta­gnes pour décor ne fut pen­dant long­temps qu’une rumeur, une lubie de cher­cheurs et entre­pre­neurs à laquelle nombre d’habi­tants de la vallée ne vou­laient croire. Ils n’auraient pas à quit­ter leur maison, leur ferme, leur usine, leur école. Le bar­rage ne se cons­trui­rait jamais. Pourtant le vrom­bis­se­ment des trac­to­pel­les et le gron­de­ment des Euclids, ces impres­sion­nants engins venus des États-Unis, ont fini par rendre cette his­toire bien réelle. Le monde est ainsi un immense mille-feuille où les événements se super­po­sent les uns aux autres. Chaque couche, effa­çant en partie la pré­cé­dente, s’expose à son tour à ne deve­nir qu’un sou­ve­nir aux traits incer­tains. Ubaye et Savines ont été englou­ties mais depuis le lac a généré des mythes dont la pré­sence de pois­sons ter­ri­fiants han­tant ses pro­fon­deurs. C’est tou­jours là que se nichent les mons­tres, dans les abys­ses et les forêts som­bres, là où la nuit éveille l’ima­gi­na­tion. Ils habi­tent nos peurs, nos mondes dis­pa­rus. Peut-être, font-ils tou­jours moins peur que le vide laissé par les morts, la nuit, l’oubli ?

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Centre d’art contemporain Les Capucins, Espace Delaroche, 05200 Embrun. Tél. : 04.92.44.30.87.

Ouvert du mer­credi au diman­che de 16h à 19h