Exposition « Des images longtemps inimaginables » Rodolphe Huguet

Pour rêver une liberté retrouvée dans une maison sans murs Rodolphe Huguet

Du 12 juillet au 22 septembre 2019 ​ – Vernissage jeudi 11 juillet à 18h ​Rodolphe Huguet

www.cacncentredart.com

L’art de Rodolphe Huguet consiste en un pragmatisme poétique du « faire avec ». Faire avec la Terre et ses habitants. Faire avec la jubilation de la trouvaille, de l’invention et de la débrouille. Faire avec les rêves et le hasard heureux.

Faire avec la vie. Le travail de l’artiste, c’est de créer des formes qui disent le monde dans lequel elles apparaissent. Mieux qu’un ouvrage de théorie culturelle : une oeuvre de Rodolphe Huguet – un tissage, un pliage, un bricolage.

Extension du domaine de l’activité artistique : la vie continue. Un shoot de réel, c’est ce qui donne une bonne pièce.

Le voyage est pour lui une impérieuse nécessité. Le globe est son atelier.

Pour maintenir une continuité entre l’art et la vie, il déplace constamment le territoire de son activité. C’est un art vagabond, qui se reformule en fonction de son environnement. Être artiste pour lui, c’est se situer au coeur des multitudes et interagir avec elles.

Devenir un artisan, un colporteur, un hurluberlu, un stagiaire du réel, un apprenti du monde, un réenchanteur de la vie. Son éthique de l’indépendance l’amène à travailler hors des lieux institutionnels, au large de l’Empire.

Pour être un parmi les autres et trouver les moyens de communiquer à travers l’activité artistique. Quand l’art fait lien, à la recherche d’un dialogue interculturel. Et toujours, derrière l’humour qui naît de l’incongruité, de l’improbable et de la magie, affleure une conscience politique sans illusions.

In situ et in vivo : c’est l’emplacement de l’atelier nomade de Rodolphe Huguet. En un lieu et au sein du vivant. Il voyage en solitaire. Il part en dérive et s’arrête pour travailler là où son chemin le conduit. Dans un endroit précis de la planète, avec des coordonnées culturelles inconnues qu’il faut découvrir et comprendre.

L’intelligence plastique de ses oeuvres réside dans leur origine, ce long trajet pendant lequel il cherche à s’enrichir d’une connaissance de la diversité du vivant.

Tout l’enjeu de ce processus toujours réinventé est de parvenir à trouver les moyens de faire un art qui soit juste dans ses rapports avec le paysage humain où il
apparait et qui puisse retrouver une justesse dans les lieux où il sera ensuite déplacé et exposé. Rodolphe Huguet est un migrateur volontaire. Il choisit le risque d’être un étranger hors de sa culture. Cet inconfort est un atout, qui le maintient dans un éveil où les idées fusent.

C’est le manifeste de Roro. Plus qu’un diminutif, un non-logo pour une agence de voyage poétique : RORO Airlines. Deux «R» entourés d’un double «O» constituent son écusson. L’artiste en dériveur sur les courants aériens. C’est un maillon du réseau des figures du dehors.

Il atterrit comme un planeur non identifié et endosse un rôle pour faciliter le contact. En Inde, il apparaît en Père Noël démultiplié par son croisement avec Shiva et, comme un ludion décalé, diffuse ce qui n’a pas de prix : de la joie.

Dans la médina de Fès, il devient un petit entrepreneur et fait travailler une vingtaine de personnes et sept corps de métiers, en leur offrant une échappatoire à la routine. Au Canada, il se transforme en agent immobilier fantasque et met sur le marché du logement des icebergs en passe de disparaître.

Dans une fonderie d’art implantée au coeur de la campagne française, il réinvente les techniques traditionnelles du bronze pour produire une critique de la réalité sociale locale. Chez un taxidermiste, il détourne les pratiques ancestrales pour créer des antitrophées.

L’artiste ne passe pas commande à un artisan : il développe une collaboration avec lui. C’est un réel échange, où il invite son interlocuteur à emmener ses pratiques et usages vers d’autres finalités. Il y a un partage de savoirs, un échange de connaissances d’où chacun sort plus riche d’expérience et de
compétence.

Tout le travail de Rodolphe Huguet consiste à créer des objets dialectiques, qui engendrent une mise en crise de leurs modèles. Il tire ses réalisations de l’univers de la consommation industrielle ou vernaculaire et les déplace en termes sémantiques. Sa réflexion sur les modes de production lui permet de libérer les formes de la gangue de la marchandise pour leur donner une portée critique.

Il déploie à cette fin mille et une tactiques traversières, en marge des lois. Ainsi de ses baskets contrefaites, qu’il fait fabriquer en toute clandestinité. Des ouvriers travaillent pour son projet sur leurs heures d’usine, en déployant la ruse dite de la perruque. Il obtient un anti-produit, alternative de l’uniformité de la consommation de masse.

Le sens plastique de l’artiste réside dans sa capacité à inventer des formes qui découlent d’une rencontre avec le réel. Son activité est un trait d’union entre des êtres et des cultures. L’art est un véhicule. Un importexport d’objets poétiques de contre-bande. Une coproduction de richesse symbolique. L’art est un lieu pour
l’utopie.

Pour rêver une liberté retrouvée dans une maison sans murs. Il s’agit de faire du monde sa demeure, en comprenant l’asymétrie entre local et global. Comme avec cette minuscule tente de camping, qui peut tout juste abriter la tête de l’artiste pour lui permettre de rêver son art au coeur de la mégapole. Rodolphe Huguet habite le monde en poète. Le tapis des nomades se transforme chez lui en une route, façon de résister à l’enclos de la domestication. Manière de dire qu’il est chez lui dans le déplacement. L’art est une trajectoire dans la vie. Un voyage toujours recommencé.

Pascal Beausse

CACN – Centre d’Art Contemporain de Nîmes, 25 rue Saint-Rémy 30900 Nîmes Tél : 33 (0)6 59 01 07 86

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