Exposition “D’ailleurs, la vie d’ici” David de Tscharner – Les Capucins Embrun

D'ailleurs, la vie d'ici David de Tscharner

D’ailleurs, la vie d’ici David de Tscharner

Du 12 septembre au 31 octobre 2020 – Ouverture samedi 12 sep­tem­bre 2020, en pré­sence de l’artiste

www.lescapucins.org

D'ailleurs, la vie d'ici David de TscharnerCette expo­si­tion fait partie de la pro­gram­ma­tion de Manifesta 13 Les Parallèles du Sud.
Avec le sou­tien de Wallonie-Bruxelles International.

Milan Kundera écrit en 1973 La vie est ailleurs, nar­rant l’exis­tence pathé­ti­que d’un jeune poète tiraillé entre ses aspi­ra­tions lyri­ques, aux­quel­les le titre du roman fait réfé­rence, et son désir irré­pres­si­ble de domi­ner les événements et les autres. Les expo­si­tions D’ailleurs, la vie ici et D’ici la vie ailleurs émettent, au contraire, l’hypo­thèse qu’ici peut être un ailleurs pos­si­ble. Qu’ici tout au moins peut s’accor­der avec l’idée de l’ailleurs, qu’ils ne sont pas inconci­lia­bles. L’art, jus­te­ment, n’est-il pas cette faculté à impri­mer de l’ailleurs sur l’ici, à donner de l’air au réel ? Le dépay­se­ment peut com­men­cer là, main­te­nant. Marcel Duchamp disait que le regar­deur fai­sait l’œuvre. La ques­tion ne serait ainsi pas tant le sujet que les condi­tions de son appré­hen­sion et les maniè­res de le réin­ven­ter sans cesse. Cette fabri­ca­tion, que l’on pour­rait nommer poten­tiel d’inter­pré­ta­tion, consis­te­rait ainsi à faire coïn­ci­der l’ailleurs et l’ici, le rêve et le tan­gi­ble, la péri­phé­rie et le centre, l’autre et soi.

Les expo­si­tions D’ailleurs, la vie ici et D’ici la vie ailleurs cons­ti­tuent les deux faces d’une même médaille.
D’ailleurs, la vie ici se déploie à Embrun, au centre d’art contem­po­rain Les Capucins et D’ici la vie ailleurs à Marseille, à OÙ lieu d’expo­si­tion pour l’art actuel et chez les com­mer­çants et ate­liers voi­sins dis­po­sant d’un local sur rue. Embrun et Marseille, l’une située à la mon­ta­gne en zone rurale, l’autre une vaste ville en bord de mer, sont deux cités his­to­ri­que­ment terres d’accueil. Cette hos­pi­ta­lité, plus ou moins assu­mée, allait animer ce projet qui com­men­ce­rait par ren­contrer l’autre, celui qui vient d’ailleurs mais aussi celui qui habite ici.

À Embrun, l’artiste suisse David de Tscharner a col­la­boré avec des arti­sans et mem­bres d’asso­cia­tions loca­les : une céra­miste, un tour­neur sur bois, des cou­tu­riè­res, un van­nier, une maro­qui­nière, un sculp­teur sur bois, un métal­lur­giste et une her­bo­riste. Ensemble, ils ont co-signé ses sculp­tu­res-tables, des sculp­tu­res-étagères, des sculp­tu­res-lampes, des sculp­tu­res-assiet­tes, etc, com­po­sant une expo­si­tion modu­la­ble, où la place de chaque pièce semble sus­pen­due à un poten­tiel nouvel agen­ce­ment. Comme un vase ou un fau­teuil qui chan­ge­rait de place au gré des sai­sons, selon l’humeur de son pro­prié­taire.

Avant le prin­temps, lors­que nous échangions sur les pièces à venir avec David de Tscharner, nous pro­je­tions qu’elles puis­sent être acti­vées par le public, à tra­vers des événements, ban­quets, ate­liers et autres concerts, mais aussi tout sim­ple­ment en visi­tant l’expo­si­tion. Depuis, un virus a modi­fié nos rap­ports aux autres et aux objets par­ta­gés. Les œuvres, ampu­tées en partie de leur valeur d’usage, ont été réu­nies selon un mode de pré­sen­ta­tion plus muséal, ren­for­çant par la même leur aspect sculp­tu­ral. L’expo­si­tion, ainsi mise en scène, conserve cepen­dant son poten­tiel com­bi­na­toire, grâce à un accro­chage simple et léger sou­li­gnant le carac­tère à la fois frag­men­taire et auto­nome des œuvres pré­sen­tées.

C’est ainsi que David de Tscharner laisse ouverte la pos­si­bi­lité des liai­sons, en ima­gi­nant dès leur concep­tion que les pièces créées ne seront pas des­ti­nées à rester seules. Elles seront asso­ciées à d’autres et pas tou­jours les mêmes.

Depuis bien­tôt deux années, il tra­vaille par­ti­cu­liè­re­ment les rési­nes qu’il appli­que sur de l’électroménager et du mobi­lier indus­triel. Le rendu jouf­flu, sans formes défi­nies, de la matière syn­thé­ti­que aux tons pas­tels, vient alors réchauf­fer les pro­duits gri­sâ­tres, lisses et asep­ti­sés de la grande dis­tri­bu­tion. À Embrun, il pour­suit ses recher­ches en rem­pla­çant les rési­nes par des maté­riaux natu­rels, du bois, de la laine, du cuir ou encore de la terre cuite dont il délè­gue le tra­vail minu­tieux et précis aux arti­sans. L’expo­si­tion greffe ainsi des savoirs et des maté­riaux pro­pres à la région, comme les rosa­ces du Queyras, les plan­tes de mon­ta­gne ou la laine filée à Saint-Chaffrey, à des pro­duits ultra ordi­nai­res, de la moquette bon marché, des étagères en kit métal­li­ques aux tables de jardin en plas­ti­que.

D’ailleurs, la vie ici tend à rap­pro­cher des his­toi­res tenues dis­tinc­tes, étrangères l’une de l’autre, en évacuant la ques­tion du goût, peu importe qu’il soit bon ou mau­vais. L’enjeu est ailleurs, il réside dans la réconci­lia­tion de la main et de la machine, du folk­lore et de la culture de masse, du proche et du loin­tain.

Solenn Morel

Centre d’art contemporain Les Capucins, Espace Delaroche, 05200 Embrun. Tél. : 04.92.44.30.87. Ouvert du mer­credi au diman­che de 16h à 19h