Exposition “Anthropocycle, une brève histoire du vélo” – Grisolles

Exposition "Anthropocycle, une brève histoire du vélo"

Anthropocycle, une brève histoire du vélo

Du 18 juillet 2020 au 6 mars 2021 – Retrouvez-nous le samedi 3 octobre pour la FÊTE DU VÉLO à Grisolles

www.museecalbet.com

Exposition "Anthropocycle, une brève histoire du vélo"Si l’exposition prend le titre d’Anthropocycle c’est avec l’objectif de donner un nom à la période que nous traversons actuellement pour en relever la particularité. L’Anthropocycle serait ainsi littéralement la période au cours de laquelle la bicyclette a infléchi les modes de vie de l’Homme (Anthropos en grec). On appelle ces termes des chrononymes, à l’instar des « années folles » ou des « Trente glorieuses ». Il s’inspire du terme Anthropocène (« l’Age de l’Homme ») qui serait devenu la nouvelle ère géologique dans laquelle nous vivons depuis les Révolutions industrielles, l’ère au cours de laquelle la Terre est lourdement transformée par l’action de l’Homme.

De là à faire le rapprochement entre le cycle géologique que nous entamons et le mot « cycle » propre à la bicyclette il n’y a qu’un pas, que l’exposition se propose de franchir. Le vélo est un incroyable marqueur de son temps tant il a un effet positif sur notre rythme de vie, sur l’écologie et pourrait encore davantage influencer la vitesse de notre société. Les bouleversements de nos habitudes au cours de la pandémie du COVID-19 ont fait la part belle à ce moyen de transport évident pour une distanciation sociale naturelle, pour le maintien de nos déplacements en alternative aux transports en commun, sans oublier ses bienfaits écologiques ou pour la santé. Il apparaît comme la solution résiliente dont la société a aujourd’hui grand besoin.
Cet objet d’apparence simple au niveau technique a relativement peu changé depuis son invention. Il peut être perçu comme un objet ancien, mais aussi comme un enjeu d’avenir. Perçu à tort dans l’esprit des Français seulement comme un loisir ou un sport, il est avant tout un moyen de transport simple, abordable et répandu dans le monde, d’appartenance symbolique au monde moderne, et qui a perduré de façon spectaculaire parallèlement aux moyens de locomotion à moteur.
Le vélo a permis tant de transformations dans la société moderne qu’il serait vain de les lister de peur d’en omettre. Il rendra peut-être possible l’évolution de l’ère post-moderne que nous traversons fondée sur le “ici et maintenant” et source de problèmes majeurs, en une société agissante pour le présent mais aussi l’avenir. Comment le vélo va-t-il changer nos modes de vie ? Comment peut-il nous aider à maintenir une qualité de vie aujourd’hui menacée par les excès dont l’Homme a fait preuve au cours du siècle dernier ?

Peu technique le vélo disions-nous ? Ce n’est pas si certain. Le designer américano-italien Gianluca Gimini propose dans son projet Velocipedia de mettre à l’épreuve notre mémoire universelle du vélo en demandant de « Dessiner un vélo de mémoire » à des amis et des passants. Avec surprise et délectation, amusement et perte de notre illusion de connaissance, Gianluca Gimini extrait une douzaine de dessins de cette collecte iconographique pour la singularité de leur représentation et les transforme en vélos potentiellement réels grâce à leur modélisation en 3D. Loin d’en ridiculiser l’inexactitude technique, Gianluca Gimini veut au contraire rendre hommage au paradoxe du « simple » et aux designers qui s’ignorent concevant de beaux objets de façon intuitive. L’expérience Velocipedia donne lieu à une collection excentrique comme un clin d’œil amusant à la créativité de l’enfance avant que cette qualité ne se dilue dans l’éducation et le conformisme.
Que cette expérience se porte sur le vélo n’est pas dénué de sens. La bicyclette est en effet chargée d’une forte valeur symbolique. Il suffit de l’énoncer pour voir surgir la diversité des images que cet objet véhicule pour chacun de nous : sport, loisir, technicité, évasion, usage quotidien, écologie, rapidité, accessibilité, furtivité, discrétion, liberté…
La bicyclette a joué un rôle de déstabilisateur social. Si les classes aisées s’emparent de l’engin les premiers pour des raisons d’accessibilité financière évidente, le vélo devient toutefois progressivement un moyen de transport des plus économiques pour les moins fortunés de la société grâce aux avancées industrielles, au point de symboliser certaines professions (facteur, instituteur, gendarme, curé…) jusqu’à devenir le moyen de déplacement privilégié de la classe ouvrière. Sur le premier film de l’histoire par les Frères Lumière « la Sortie de l’usine Lumière à Lyon » (1895), ne voit-on pas les ouvriers partir à bicyclette ? Non seulement cela reflète le lien synchronique fort unissant la bicyclette et le cinéma, tous deux produits et réjouissances populaires de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, mais aussi ces images documentaires témoignent avec pertinence de l’usage exclusif de la bicyclette par les hommes au début de la popularisation de la petite reine.
Si les hommes sont alors en capacité de chevaucher une bicyclette, la tenue féminine et la ligne de la bicyclette elle-même doivent subir des transformations fondamentales pour rendre celle-ci utilisable par les femmes… Ce combat est loin d’être gagné lorsque pratiquer le vélo en tant que femme relevait encore du délit il y a peu dans certains pays. Il demeure encore de nos jours le levier d’une émancipation féminine.
Loin d’être le reflet d’une progression constante, l’essor du vélo a connu des rebondissements marquants les temps forts de notre histoire. En France, si la bicyclette par sa discrétion et sa rapidité a été l’apanage des résistants, elle est restée associée dans les esprits aux temps de guerre et a subi un relatif abandon avec l’accession au véhicule à moteur. Aux Pays-Bas, l’usage de la bicyclette est généralisé après la crise pétrolière de 1973 pour faire des économies sur les carburants. Les crises bouleversent les fonctionnements établis. Avec l’épidémie de COVID-19, c’est la société mondialisée qui subit un soudain et profond déséquilibre et elle doit faire face à une adaptation rapide de son urbanisme. C’est la raison d’être de ce que l’on appelle l’urbanisme tactique, mettant à l’essai des transformations urbaines, notamment des pistes cyclables. Avec la bicyclette, la pratique de la ville se réinvente.

Le vélo véhicule des valeurs issues de la pratique sportive du cyclisme, telles que l’effort, la persévérance, esprit d’équipe et de compétition… mais aussi des valeurs fédérant des usagers militants manifestant leur attachement à un état d’esprit, défendant l’impact positif pour l’environnement par opposition aux transports à énergie fossile, pour la régulation de la vitesse de circulation des villes, pour les bienfaits sur la santé au point que l’OMS elle-même en recommande l’usage… Indéniablement, il se passe quelque chose autour du vélo. Il est en passe de devenir notre nouveau tempo en redéfinissant un rythme apaisé pour nos villes, pour nos déplacements et espérons-le pour notre évolution pour les années à venir. L’anthropocycle, donc…

Avec l’œuvre Velocipedia de Gianluca Gimini

Musée Calbet 15, Rue Jean de Comère 82170 Grisolles  Tél: 05 63 02 83 06 
du mercredi au dimanche de 15h à 18het sur rendez vous pour les groupes