Exposition “A tout pichet miséricorde” Gérard Guyomard | Galerie Anne-Marie & Roland Pallade – Lyon

“A tout pichet miséricorde” Gérard Guyomard

Du 17 mai au 30 juin 2018- Vernissage jeudi 17 mai de 18 h à 20 h 30 en présence de l’artiste

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"A tout pichet miséricorde" Gérard GuyomardGérard Guyomard ouvre la fenêtre de son atelier. La rue des Petits Carreaux s’offre à ses pieds. L’œil gourmand, le peintre commence sa moisson d’instantanés à la criée. Kleptomane des petits riens dans la cité encore ensommeillée. Un hibou en pleine lumière.
La main fébrile ausculte les fondements piétonniers du quartier Montorgueil. Les pavés, tels des morceaux de sucre disciplinés, dessinent d’amples houles en queue d’aronde.  Comme jadis à l’entrée du métro Télégraphe, Gérard Guyomard se plait à capter le flot des voyageurs. Echoppes de primeurs, estaminets aux calicots irisés et commerces de bouche jouent à cache-cache dans le reflet villageois d’un Paris d’antan.
L’artiste ronronne d’aise dans son cocon. Un écheveau de filaments familiers dessine son cadastre quotidien. Entrelacs de croquis en constant porte-à-faux, délires pigmentaires, grattages ludiques, vibrations de lignes tremblées, coq-à-l’âne narratifs, Guyomard en remet sans cesse, il n’est pas de la famille de la lésine. Une trouée de lumière, une confidence. Un glacis, un aveu. C’est Jérôme Bosch gambadant au pays des Tontons Flingueurs. Seul le plaisir érige sa main sous la cimaise. Ses amis l’appellent Gégé le capiteux.

Vu d’en haut, on pense au cadrage d’un Gustave Caillebotte, pionnier de la plongée esthétique sur le macadam du boulevard dès 1880. Le regard pique sur le feutre des passants et les chignons des promeneuses. Coiffures en mêlée.
Comme le disait Alphonse Allais, notre premier humoriste et pas seulement par ordre alphabétique, l’idée du bonheur serait proche d’une terrasse fleurie propagée à l’infini. Les guéridons sont dressés. Les loufiats frétillent dans leur rondin. Le flâneur a déjà de la cuite dans les idées. 
Ballons de riesling, mazagrans de café, bocks de gueuze ou godets de gnôle, c’est la lutte des schlass. Veni vidi whisky. Les absinthes ont toujours tort. Toute la critique du raisin pur. Chérie bibine. Le plan quinquina et l’almanach vermouth. Une petite vie de père pinard. A tout pichet miséricorde. Cacher ce zinc que je ne saurais voir…

Le calembour reste le miel de l’esprit qui folâtre. Garçon, remettez-nous ça, et pas plus haut que le bord !
Sur les berges riveraines du fleuve Saint-Denis, les dernières effigies libertines des stars du cinéma permissif font les cent pas. Persistance rétinienne, dit-on chez l’ophtalmo. Comme les dribbles des footballeurs et le peloton des petits vélos irisés, les zooms érotiques créent la plasticité du tableau. Maillage de fantasmes à l’encan. Carrefour des vanités, thème allégorique cher aux anciens. Une gorgée, une inhalation, une fellation, c’est du pareil au même. Moins d’orgasmes furtifs sur la palette, cependant. Avec le cumul des saisons, le corps a ses raisons. Dans le fertile fourbi de G.G. tout fait ventre, tout fait sens. Le gloss des belles maquille le rebord du glass.
Un verre se brise dans un énorme éclat de rire. Celui de l’artiste, bien sûr.

 Patrice DELBOURG

Galerie Anne-Marie et Roland Pallade, 35, rue Burdeau 69001 Lyon. Tél :   09 50 45 85 75 :

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